Le charbon de bois, le plus grand ennemi de la forêt africaine

Un charbonnier dans la forêt du parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, le 28 septembre 2019.
Un charbonnier dans la forêt du parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, le 28 septembre 2019. (ALEXIS HUGUET / AFP)

Le déboisement est une préoccupation dans toute l’Afrique, du Maghreb aux zones équatoriales en passant par le Sahel. Principale responsable : la fabrication du charbon de bois.

Le commerce des grumes n’est pas le seul responsable. La fabrication du charbon de bois est un gros dévoreur de la forêt africaine. Il est essentiel pour les familles qui n’ont pas d’autres sources d’énergie pour cuisiner. Ainsi en République démocratique du Congo, près de 90% des foyers en font usage, y compris en zone urbaine. A Kinshasa, la capitale, la consommation de charbon de bois est estimée à 4,8 millions de mètres cubes par an.

Reportage AFP Video /JUNIOR KANNAH, SAMIR TOUNSI, ALEXIS HUGUET

La forêt du bassin du Congo, deuxième massif tropical après l’Amazonie, souffre du déboisement lié à la fabrication du charbon de bois. Autour de la capitale, il n'y a plus d'arbres à l'est sur les plateaux Bateke ou au bord du fleuve, ni à l'ouest, sur les collines le long de la route qui va à Matadi.

"Kinshasa consomme cinq millions de tonnes de bois par an, qui proviendraient de l'exploitation d'environ 60 000 hectares de forêts naturelles périurbaines", avance l'organisme français du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Le sanctuaire des gorilles menacé

A Goma, dans le Nord-Kivu (est du pays), la fabrication du charbon menace le parc des Virunga, sanctuaire des gorilles des montagnes. Goma est devenue une ville refuge pendant 20 ans de violences et de guerre dans la région. Aujourd’hui elle compte autour d’un million d’habitants qui utilisent du charbon de bois.

En 2007, le WWF a mis en place une opération de reboisement. De 2007 à 2012, plus de 5 000 hectares ont été reboisés avec des essences à croissance rapide comme l’eucalyptus. Avantage, la fabrication de charbon de bois rentre désormais dans un cycle écologique. Au bout de cinq années de pousse, les arbres sont exploitables, et on replante derrière. 5 000 fermiers ont ainsi participé au reboisement.

Parallèlement, des braseros à charbon de bois plus performants ont été développés et commercialisés. Ils consomment moitié moins de charbon de bois que les poêles traditionnels.

Se passer du charbon de bois ?

Il faudra sûrement attendre longtemps avant que ce type de cuisine au bois disparaisse. Aucune énergie de substitution n’est encore disponible pour le plus grand nombre, y compris dans les grandes villes. Les délestages sont fréquents et cela n’attire pas la population à utiliser cette énergie encore très coûteuse.

La production électrique est de toute façon insuffisante et les centrales hydroélectriques actuelles alimentent moins de 15% de la population. Le projet du méga barrage Inga 3 sur le Congo a du plomb dans l’aile. Selon la radio allemande Deutsch Welle, il s’agit même d’un nouvel éléphant blanc en RDC. Un projet de 14 milliards de dollars qui inquiète la population. Il n’y a pas qu’elle. La Banque mondiale s’est retirée au motif "que le gouvernement congolais avait changé la ligne de conduite définie au départ".

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