En Tunisie, 2018 rime avec hausse de la TVA

Les Tunisiens commencent l’année avec une progression de la TVA de 1% mais aussi avec des changements de taux pour certains produits et des tarifs douaniers en hausse. Adoptée dans le cadre du budget 2018, cette hausse a pour but de réduire certains déficits publics. Le FMI s’est félicité de ce budget «audacieux». De nombreux Tunisiens semblent moins enthousiastes...


Face à la hausse de certains prix, les réactions sont vives dans un pays où les tensions sociales sont déjà souvent exacerbées par une situation économique difficile. L’opposition, dont le Front Populaire, a appellé à des manifestations tandis que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT, principal syndicat) demande la stabilité des prix des aliments de base (pain, pâtes, couscous, lait, huile végétale et sucre). Le journal Jeune Afrique cite un expert, Mourad Hattab qui estime que «les Tunisiens devront débourser près de 300 dinars par mois et par foyer pour faire face aux hausses des prix». Ce qui est proche du salaire minimum tunisien.

Inflation à 6%
Pour sa défense, le gouvernement met en avant une situation économique difficile. En effet, malgré quelques bonnes nouvelles, comme la hausse des prix des phosphates, principale source d’exportation du pays, et le retour des touristes, autre ressource vitale pour la Tunisie, les données économiques ne sont pas très favorables. La dette publique continue de grimper à 70% du PIB, le déficit commercial va atteindre un niveau record «à deux chiffres», tandis que l'inflation a «dépassé» 6% en novembre. 


En attendant que la situation s'améliore, la hausse des prix touche de nombreux produits. Le site Tunisie Numérique en dresse un inventaire à la Prévert dont on a extrait: hausse du chocolat et des biscuits de 8%, alcools +28%, parfums et produits de beauté +26%, montres +51%, voitures de +4,3% à +12%...

De son côté, le pouvoir minimise l’impact de la hausse des prix: «L’augmentation de 1% du taux de TVA vise essentiellement à limiter le recours à l’endettement et à préserver les équilibres financiers du pays. Elle n’aura pas un grand impact sur le pouvoir d’achat des citoyens», a affirmé le ministre des Finances, Mohamed Ridha Chalghoum.


Le souvenir des émeutes du pain
En Tunisie, de nombreux produits de base sont subventionnés et l'évolution du coût de ces produits est politiquement très sensible. Le gouvernement affirme maintenir les aides sur ses produits. Mais sur le prix des produits pétroliers, les aides ont été calculées sur une base beaucoup plus basse que les cours atteints aujourd’hui…Ce qui entraîne forcément une hausse. 
 
Pour certains, la situation pourrait devenir difficile. Ils invitent le pouvoir «à agir pour prévenir une catastrophe économique, sociale et politique sans précédent, pouvant nous replonger dans l’ombre du 3 janvier (1984) d’il y a 34 ans (NDLR: les émeutes du pain).»
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