A Bulawayo, au Zimbabwe, une petite fabrique de souliers ne connaît pas la crise

Maryke Vermaak / AFP

Située au milieu d'une friche d'usines désaffectées, à Bulawayo, l'entreprise de chaussures Courteney, qui emploie 14 salariés, résiste à une grave crise économique qui a fait perdre à la deuxième ville du pays son rang de capitale industrielle.

L'atelier d'une pièce seulement, où se mêlent odeurs de cuir, de colle et de caoutchouc, ne paie pas de mine. Pas d'enseigne sur la devanture en briques rouges. Mais à l'intérieur, 14 salariés, tous des hommes, s'activent pour répondre à la demande internationale qui ne se dément pas malgré les difficultés du pays.

"Les gens sont fatigués des matériaux fabriqués par l'homme, ils veulent des produits naturels comme les nôtres", estime un des ouvriers, Misheck Sibanda, en manipulant des peaux de cuir tendres d'hippopotames, de gnous ou encore d'autruches.

Main d'oeuvre qualifiée et savoire-faire artisanal

Fondée en 1993, l'entreprise Courteney - en hommage à Frederick Courteney Selous, un explorateur et chasseur britannique décédé en 1917 - produit chaque jour 30 paires de chaussures faites main, pour l'essentiel destinées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et à l'Afrique du Sud.

La clé de leur survie ? Une main-d'oeuvre qualifiée, des produits de qualité et plutôt indémodables, et un savoir-faire artisanal.

"On fabrique les chaussures à l'ancienne", explique Helen Emerick, la directrice de Courteney, la marque à l'éléphant. Ici, pas de laser pour découper les cuirs. Et on se contente d'un clou et d'un marteau pour percer les œillets.

Buffle, kudu ou crocodile

Petite touche locale, les employés ne travaillent que du cuir zimbabwéen - buffle, kudu ou crocodile - cousu sur des semelles en caoutchouc naturel importé de Malaisie.

La quinzaine de modèles proposés pour hommes et femmes sont quasi inchangés depuis des années: des chaussures de style basique mais robustes, "faites pour l'aventure" comme le clame la marque, pour la plupart montantes, dans des coloris brun, noir ou sable. Seuls quelques modèles féminins, rose ou violet, osent la fantaisie.

"On vend à l'international, dans les pays développés alors que nous sommes un pays du 'tiers-monde'. Ca me fait sourire", se félicite l'ouvrier Misheck Sibanda.

De 140 à 500 dollars la paire

Au Zimbabwe, l'économie ne s'est jamais aussi mal portée depuis une dizaine d'années. Malgré les promesses de relance du président Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis 2017, les Zimbabwéens manquent toujours cruellement de liquidités. Pire, ils ont renoué ces derniers mois avec les pénuries d'essence, de médicaments, de pain ou d'huile.

Pour s'en sortir, Courteney vend ses chaussures en dollars américains uniquement, pour 140 à 500 dollars la paire.

Vous êtes à nouveau en ligne