20% des médicaments manquent encore en Tunisie

Manifestation en mars 2017 de travailleurs de la santé devant le ministère de la Santé à Tunis.
Manifestation en mars 2017 de travailleurs de la santé devant le ministère de la Santé à Tunis. (Amine Landoulsi / ANADOLU AGENCY)

Le nouveau ministre de la Santé, Abderraouf Cherif, a reconnu que 20% des médicaments manquent sur le marché tunisien. Une situation qui semble durer depuis plus d’un an. Le Conseil national de l'Ordre des médecins tunisien avait déjà exprimé en juillet 2018 «sa profonde inquiétude concernant la pénurie de médicaments qui perdure depuis plusieurs mois».


«La Tunisie subit la problématique de la pénurie des médicaments de plein fouet depuis plus d’une année. D’ailleurs, l’Association tunisienne de chirurgie thoracique cardiaque et vasculaire a lancé l’alerte concernant le manque d’un médicament essentiel à la réalisation des opérations cardio-vasculaires», note le site tunisien Réalités.

Une pénurie «qui, selon Naoufel Amira, vice-président du Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées, concerne entre 200 et 300 types de médicaments», indique le site Webdo.

«Ces ruptures d'approvisionnement, en particulier de médicaments essentiels (...), risquent d'engendrer des conséquences particulièrement néfastes sur la qualité de l'offre de soins», avait indiqué le Conseil de l’ordre en juillet 2018. Il avait alors «tiré la sonnette d'alarme» et s’était insurgé «contre la lenteur des autorités à apporter des solutions (...) à cette pénurie.»


Le manque de médicaments en Tunisie est un mal chronique. Jeune Afrique faisait déjà état de pénuries en juin 2018, dues à un certain nombre de dysfonctionnements mais aussi à des causes plus structurelles.

En août, une réunion a tenté de faire le point sur les causes de ces problèmes de médicaments en tentant de dresser la liste des raisons de cette pénurie: «La crise en Libye, la contrebande, le vol des médicaments des hôpitaux, l’augmentation de la demande, la chute du dinar tunisien face à l’euro et au dollar. Cela est bel et bien contradictoire surtout que la Tunisie  est l’un des premiers  pays africains à s’être doté d’une industrie pharmaceutique dès la fin des années 80», notait le site leconomistemaghrebin.

A ces causes s'ajoutent, selon certains, «des freins à l'exportation et la lenteur pour l'obtention des AMM (Autorisation de mise sur le marché) ou les licences d’exploitation d’unité de fabrication. Ils appréhendent aussi les nouvelles conditions imposées aux médicaments dans le cadre des négociations des accords de libre-échange. Ils dénoncent aussi le fait d’appliquer aux produits locaux une TVA de 7% contre aucune imposition, droit de consommation ou autre pour les produits importés.» 

La Tunisie a en effet développé une industrie pharmaceutique dans les années 90. Un secteur qui connaît une croissance d'environ 11% par an et qui est exportatrice, ce qui est important pour la balance commerciale de la Tunisie. 

«En l'espace d'à peine deux décennies, notre industrie nationale du médicament, partie presque de rien  il y avait juste une filiale de la PCT la Siphat, qui couvrait à peine 6% de la consommation locale de médicaments et l'institut Pasteur qui fabriquait les vaccins et les sérums – a connu un envol exceptionnel pour atteindre une couverture de près de 60% de nos besoins en médicaments. Comme vous pouvez le noter, l’industrie pharmaceutique a contribué à l'essor de l'économie nationale en créant plus de 6000 emplois dont 50% concernent les diplômés du supérieur», rappelle le site tunisien Business News, citant un professionnel du secteur.
 
Le nouveau ministre de la Santé estime que la situation pourrait devenir normale d'ici à deux mois. 


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