Donald Trump vu d’Afrique: «C’est aux Africains de s’adapter»

Dessin du dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè, Damien Glez, paru dans «Jeune Afrique» du 24 mars 2016.
Dessin du dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè, Damien Glez, paru dans «Jeune Afrique» du 24 mars 2016. (L'oeil de Glez. © Glez/J.A)

En Afrique, l’élection de Donald Trump a fait l’effet d’une douche froide. Mais après la surprise, les commentateurs estiment qu’il revient aux Africains d’en tirer les conséquences et de s’adapter au nouvel ordre mondial. En rappelant que le départ d’Obama ne manquera pas de rassurer certains chefs d’Etat accusés de chercher à se maintenir au pouvoir.


Trump, le pire pour l’Afrique, c’est le titre de l’éditorialiste de Djely, un site guinéen qui annonce avec inquiétude l’arrivée au pouvoir à Washington d’un homme «qui incarne un nationalisme revanchard» et n’a jamais digéré les deux mandats du premier président noir du pays.
 
«Le monde entier ayant suivi avec une inquiétude certaine la campagne du candidat républicain est déçu et désemparé. L’Afrique, quant à elle, ne sachant quoi faire de ce président dont elle appréhendait la victoire, est sous le choc.» 
 
Un discours méprisant sur l’Afrique
Plus que jamais, les propos tenus par Donald Trump sur l’Afrique inquiètent ceux qui avaient espéré qu’il n’avait aucune chance d’accéder à la Maison Blanche. La presse internationale s’en était fait l’écho. Un discours simpliste et méprisant sur l’Afrique.
 
Ainsi, dans un message posté sur son compte Twitter, Donald Trump proclamait son amour pour Nelson Mandela, tout en traitant l’Afrique du Sud de «nid à criminels prêts à exploser». Et pendant que l’épidémie d’Ebola faisait des ravages dans certains pays africains, il appelait les Etats-Unis à fermer leurs portes aux patients africains atteints d’Ebola, invités «à se faire soigner chez eux».
 
Et quand un journaliste américain lui demandait ce qu’il comptait faire des pirates somaliens qui ont tué des Américains, Donald Trump était formel: «Je les éradiquerais de la surface de la Terre. Je le ferais si vite qu’ils n’auront aucune chance de survivre.»
 
Donald Trump en campagne le 5 mai 2016 à Charleston.
Donald Trump en campagne le 5 mai 2016 à Charleston. (Photo AFP/Brendan Smialowski)

Les musulmans privés d’entrée aux Etats-Unis
Le nouveau président élu n’a pas hésité à appeler à l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux Etats-Unis. Une perspective qui fermerait la porte à près de 450 millions d’Africains qui pratiquent la religion musulmane.
 
«Cette espèce de xénophobie se doublant d’une certaine islamophobie traduit le scénario du pire»,  écrit l’éditorialiste de Djely qui annonce que les peuples africains trinqueront tandis que les dictateurs seront à la fête pendant quatre ans.
 
«On peut imaginer que le président Joseph Kabila, dont la volonté de tripatouiller la Constitution s’est heurtée à une opposition farouche des Etats-Unis, peut souffler avec l’arrivée de Donald Trump», croit savoir notre confrère.
 
Il est vrai que l’administration Obama n’a cessé de faire pression sur certains chefs d’Etats africains accusés de chercher à se maintenir au pouvoir. Washington a interpellé ouvertement les présidents du Rwanda, de RDC, du Burundi et d’Ouganda. Yoweri Museveni a d’ailleurs été parmi les premiers à féliciter sur son compte Twitter, le nouveau chef de l’exécutif américain.
 
Le prix Nobel Wole Soyinka va quitter les Etats-Unis
Une chose est certaine, Donald Trump n’a pas bonne presse en Afrique. Et certains Africains installés outre-Atlantique ont même envisagé de plier bagages dès l’annonce de sa victoire. C’est le cas de l’écrivant nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature.
 
«Au moment où on va annoncer sa victoire, je vais déchirer ma carte de séjour moi-même et commencer à faire mes valises. La première chose que doivent faire les titulaires de la carte de séjour des Etats-Unis est de s’en débarrasser», a déclaré Wolé Soyika au journal britannique The Guardian.
 
Une vague de colère que tempère l’Observateur Paalga du Burkina Faso. Le journal rappelle la ferveur qui s’était emparée de l’Afrique «parce qu’un lointain cousin entrait dans l’Histoire en devenant le premier nègre à étrenner la fonction».
 
Notre confrère constate que le sort des Africains ne s’est pas amélioré du jour au lendemain du simple fait que Barack Obama est devenu l’homme le plus puissant du monde. «Huit ans après, on est bien obligés de se rendre à l’évidence. Pourquoi ce serait donc différent avec un Blanc ou une Blanche teint clair», conclut l’Observateur Paalga.
 
Le site Guinéematin tire aussi les leçons de cette élection qui a déjoué tous les pronostics: «Donald Trump a déjà montré que l’Afrique ne représente aucun enjeu pour lui. C’est aux Africains de s’adapter au nouvel ordre mondial», suggère Dansa Kouruma, président du Conseil national des Organisation de la Société civile Guinéenne.
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