Djibouti : première étape de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique de l’Est

Des soldats français à l\'entraînement à Tadjoura, à Djibouti, le 24 mars 2016.
Des soldats français à l'entraînement à Tadjoura, à Djibouti, le 24 mars 2016. (SIMON MAINA / AFP)

Le président français se rend le 11 mars 2019 à Djibouti, allié historique et stratégique de la France qui ressent depuis plusieurs années un sentiment "d'abandon" accentué par la récente réconciliation entre l'Ethiopie et l'Erythrée voisines.

Neuf ans après la dernière visite d'un président français – Nicolas Sarkozy  sur place, le chef de l'Etat aura un entretien bilatéral avec son homologue Ismaïl Omar Guelleh le 12 mars au matin, avant de se rendre sur la base militaire française, la plus grande d'Afrique, qui compte 1450 soldats.

La place de Djibouti dans la recomposition régionale

Il s'agit par cette visite "de marquer la force de notre partenariat", souligne-t-on à l'Elysée, sur fond d'influence croissante de la Chine tant à Djibouti,que sur l'ensemble du continent. "On a le traité de coopération en matière de défense signé en 2011 et il y a aussi des dossiers économiques qui sont en cours." Mais surtout, "il y a un questionnement côté djiboutien sur sa place dans la recomposition régionale qui est en cours, c'est sur ce point que va se concentrer le dialogue" entre les deux chefs d'Etat, ajoute-t-on.

Inespérée, la paix scellée en 2018 entre les deux frères ennemis de la Corne de l'Afrique, l'Ethiopie et l'Erythrée, a en effet provoqué une redistribution des cartes qui va bien au-delà des relations entre Addis-Abeba et Asmara.

En novembre 2018, le Conseil de sécurité de l'ONU a levé l'embargo sur les armes, les interdictions de voyage, les gels d'avoirs et les autres sanctions visant l'Erythrée  une décision qui a suscité l'ire de Djibouti. Ce dernier accuse Asmara d'occuper une partie de son territoire la région de Ras Doumeira sur la mer Rouge et de toujours détenir13 de ses soldats.

"Il y a une levée de l'embargo, sans qu'il y ait une résolution du différend entre Djibouti et l'Erythrée", note-t-on à Paris. "La France a été très active pour que ces points-là fassent l'objet d'une clause de rendez-vous régulière." "Ce qu'attendent de nous les autorités djiboutiennes, c'est que nous restions actifs pour que Djibouti ait toute sa place dans la recomposition régionale", ajoute-t-on.

"Urgent" de renforcer la présence française

Bien que courte  une douzaine d'heures –, cette visite présidentielle et ce soutien réaffirmé par Paris pourraient permettre de tourner la page du ressentiment et de la frustration exprimés ces dernières années par les autorités djiboutiennes. "Tout se passe comme si la France ne nous considérait plus", déclarait le président Ismaël Omar Guelleh dans une interview à Jeune Afrique en 2015, pointant "très peu d'investissements" et "aucune visite ministérielle depuis des années."

A Reuters, un diplomate français en poste dans la région reconnaît que la France "s'est considérée pendant très longtemps en terrain conquis" et a laissé le champ libre, notamment aux Chinois. Un sentiment partagé par la délégation de l'Assemblée nationale envoyée en mai 2018 à Djibouti, qui occupe une position stratégique à l'entrée sud de la mer Rouge, fortement convoitée par les puissances étrangères  Pékin y a installé sa seule et plus grande base à l'étranger.

"On a le sentiment à Djibouti qu'elle (la présence française) perd du terrain et qu'elle est moins importante qu'auparavant, ça n'est d'ailleurs pas qu'un sentiment", a souligné la députée du MoDem Marielle de Sarnez, lors du compte-rendu de cette mission en septembre dernier. "Je pense que stratégiquement, nous avons besoin d'un renforcement de la présence française sur ces trois axes : économique, culturel avec la francophonie, et militaire", a-t-elle ajouté. "C'est urgent."

Après Djibouti, Emmanuel Macron est attendu le jour même et le 13 mars en Ethiopie, puis le 14 au Kenya, dernière étape de sa tournée en Afrique de l'Est.

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