Sidi Bémol : "Une nouvelle Algérie est née le 22 février 2019"

Sidi Bémol, le fondateur du gourbi-rock, alias Hocine Boukella dans la vraie vie.
Sidi Bémol, le fondateur du gourbi-rock, alias Hocine Boukella dans la vraie vie. (Shahinez Guir)

Le créateur du gourbi-rock, Sidi Bémol, Hocine Boukella pour l'état civil, a longtemps porté la chanson contestataire en Algérie. Aujourd'hui, ce sont (un peu) ses enfants, qui investissent la rue, pour exiger une nouvelle Algérie. Interview d'un artiste engagé au regard lucide et optimiste. 

Franceinfo Afrique : est-ce que vous avez été surpris par ces manifestations ?

Sidi Bemol : J'ai été surpris par Bouteflika et son 5e mandat. Surpris et scandalisé. Et j'étais sûr qu'il y aurait des manifestations violentes et une répression féroce. Je ne m'attendais pas du tout à ce mouvement pacifique. C'était encore une nouvelle surprise. Très belle surprise. J'ai un respect infini pour ces jeunes manifestants, j'admire leur courage, leur maturité, leur organisation, leur humour... Tout est exemplaire dans ces marches qui ont impressionné la planète. Je ne m'attendais pas du tout à ce mouvement, mais ça m'a remonté le moral, ça m'a regonflé à bloc. J'avais les larmes aux yeux en regardant les premières images de la Place Audin et de la Grande-Poste, noires de monde. C'était inespéré, comme une renaissance. 

Ces jeunes manifestants sont-ils en train de réussir là où votre génération (octobre 88) a échoué ?

Les échecs d'une génération peuvent servir de leçon à la génération suivante. Mais je ne sais pas si on peut comparer la situation d'aujourd'hui avec celle d'octobre 88. C'est toujours la même lutte pour plus de libertés, plus de démocratie, mais le monde a bien changé depuis l'arrivée d'internet et des réseaux sociaux. Aujourd'hui, les jeunes connaissent bien l'histoire de leur pays, ils savent ce qui s'est passé en 1980, en 1988, en 1991, en 2001... Et ils connaissent aussi l'histoire du monde. Ils voient ce qui se passe en Tunisie, en Libye, en France... Alors ils ont inventé la Révolution du Sourire et ils méritent le Prix Nobel de la Paix.  

En tant que musicien, que pensez-vous des chants des opposants, notamment la "Casa del Mouradia", scandée par les supporters de foot, avant qu’elle ne devienne l’hymne "anti-système" ?

Cette chanson est un pur chef-d'œuvre, le texte est juste, la musique est parfaite. Elle tourne en boucle dans ma tête. De plus, c'est un chant dont les auteurs tiennent à rester anonymes, on sait seulement qu'il s'agit de "Ouled el Bahdja", les supporters de l'USMA. C'est encore un autre symbole très fort, c'est une autre version du fameux slogan "Un seul héros, le Peuple".  

Comment voyez-vous la suite de ces événements ?

Notre pays possède énormément de ressources, les Algériens sont généreux, la jeunesse est pleine d'imagination. Je suis convaincu qu'une nouvelle Algérie est née le 22 février 2019. Le système ne sera pas facile à déloger, nos gouvernants sont rusés et machiavéliques, mais ils finiront tous par dégager pour laisser place à la jeunesse. C'est obligé.

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