Pathé'O, le styliste qui veut changer l'image de la mode en Afrique

Si la mode africaine connaît actuellement un franc succès à travers le monde, elle n’est pas encore reconnue à sa juste valeur. De fil en aiguille, le styliste Pathé'O veut y remédier.

Pathé'O, le petit tailleur de quartier Ivoiro-Burkinabè, est aujourd’hui devenu une star de la mode dans le monde entier. Prêt-à-porter ou sur-mesure, ses vêtements fabriqués avec des tissus locaux et des motifs très colorés sont immédiatement reconnaissables. Portés par des jeunes femmes modernes ou des chefs d'Etat africains, ses créations sont vendues dans une vingtaine de boutiques Pathé'O en Afrique. Mais le couturier, qui vient de fêter le cinquantenaire de sa marque, veut aujourd’hui que la mode serve au développement économique du Burkina Faso.

Issouf Sanogo s’est rendu au défilé d’anniversaire et dans les ateliers de Pathé'O. Onze photos illustrent ce propos.

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Le styliste Pathé'O, de son vrai nom Pathé Ouedraogo, est né en 1950 en Haute-Volta à l'époque de la colonisation française. Le pays sera renommé le Burkina Faso en 1984. A 19 ans, Pathé'O quitte son pays pour chercher du travail dans les plantations de cacao de la Côte d’Ivoire, un pays alors en plein essor économique. Mais jugé de trop frêle constitution, le jeune homme est refoulé. Alors, avec "la bénédiction de ses parents" pour tout bagage – comme le raconte sa biographie "De fil en aiguille" à paraître en juin –, il décide d’aller s’installer à Abidjan. A l’instar de beaucoup de ses compatriotes, il s'improvise tailleur dans un petit atelier loué pour quelques francs à Treichville, le cœur populaire de la capitale ivoirienne, précise l’AFP.      ISSOUF SANOGO / AFP
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Autodidacte, il se forme sur le tas et apprend tous les rouages du métier de tailleur. En 1987, il remporte un important concours local, les Ciseaux d'Or. Ce prix lui permet de se faire connaître. Mais à ses débuts, le styliste peine à imposer sa patte : "Les gens se moquaient de moi, ils me prenaient pour un fou. Vous n’arriviez jamais à convaincre un responsable de porter un tissu fait au Burkina ou en Côte d’Ivoire. Mais on a travaillé, innové, et aujourd’hui nos vêtements se portent partout", raconte-t-il en 2019 à la RTBF.    ISSOUF SANOGO / AFP
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La chance va vraiment lui sourire quand la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, grande voix de la lutte anti-apartheid, de passage en Côte d’Ivoire, va lui acheter quelques chemises et en offrir une à son ami le président Nelson Mandela. En 1994, lors d'une visite officielle en France, Nelson Mandela qui porte alors la chemise va donner une visibilité internationale et une publicité extraordinaire à la marque. Dans les jours suivants, les boutiques Pathé'O sont dévalisées par les clients.   ISSOUF SANOGO / AFP
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Grâce à sa collaboration en 2019 avec la célèbre maison de couture française Dior, l’homme et sa marque ont acquis une reconnaissance internationale. De la femme au foyer au jeune entrepreneur en passant par le directeur de société, sa clientèle se retrouve dans toutes les couches sociales, même les plus hautes. Du roi du Maroc Mohammed VI, au président du Rwanda Paul Kagame, en passant par le milliardaire nigérian Aliko Dangote (l'homme le plus riche d'Afrique), ou des stars du show-biz… tous figurent aujourd’hui parmi ses clients.    ISSOUF SANOGO / AFP
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Pour fêter cette formidable success story et célébrer ses 50 ans de carrière, Pathé'O a organisé le 29 mai 2021 à Cocody, le quartier huppé d’Abdidan, un grand défilé à la Riviera Triangle. Diplomates, ministres, hommes d’affaires, artistes étaient de la partie. Cette manifestation fut aussi l’occasion d’inaugurer le nouveau bâtiment qui sert désormais de siège social à la Maison Pathé’O et abritera aussi la fondation éponyme, dont l’objectif est de "faire émerger une nouvelle génération de créateurs africains".    ISSOUF SANOGO / AFP
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Un ancien mannequin qui a défilé pour Pathé'O et d’autres grands couturiers se souvient des débuts difficiles du créateur, car il lui a fallu beaucoup de patience et de volonté avant d’être respecté : "C’est un homme fort. C’est vraiment un homme qui a tenu avec rien, il a tenu vraiment à faire ses pagnes à lui, ses imprimés à lui. Au début on se disait : 'Ca ne va pas marcher, c’est des Faso Dan Fani (tissu du Burkina Faso), ce n’est pas moderne', et puis après, les chefs d’Etat, les personnalités ont commencé à s’intéresser à ça, parce que c’est vraiment des pièces uniques" dit-elle à RFI.   ISSOUF SANOGO / AFP
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Comme tous les jeunes créateurs africains que Pathé'O a soutenus ces dernières années, Gilles Touré (ici en 2015) considère le couturier comme son "mentor". Il raconte sur RFI : "Quand je suis arrivé au début, qu’il m’a découvert, j’avais 14-15 ans, j’étais fou. J’aimais la mode, il m’a guidé, il m’a dit ce qu’il fallait faire. Il m’a dit quelque chose de très important que je retiens depuis 20 ans que je suis dans la mode. 'Gilles, il faut que tu sois patient, patient, patient.' Je suis allé me former à Paris, puis je suis revenu. On ne s’est plus lâché depuis." Il ajoute : "Il a apporté la fierté de porter les tissus africains."   ISSOUF SANOGO / AFP
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La Maison Pathé'O compte des boutiques dans une dizaine de pays africains et emploie une soixantaine de personnes dans ses ateliers. Si Pathé'O, marié et père de trois enfants, est un entrepreneur accompli, il continue pourtant de se rendre tous les jours dans ses ateliers de Treichville.    ISSOUF SANOGO / AFP
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Ici, tailleurs, couturiers, repasseurs, retoucheurs travaillent dans trois grandes pièces pour réaliser entièrement à la main les vêtements. Les vieilles machines à coudre Singer en fonte fonctionnent sept jours sur sept pour sortir plus d’une centaine de vêtements par jour. Pathé'O aime contrôler le travail et n’hésite pas à reprendre lui-même une coupe si nécessaire. Car "dans ce métier il faut savoir tout faire", confirme le couturier à l'AFP.    ISSOUF SANOGO / AFP
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Le motifs complexes des fameux tissus en coton sont teints dans un autre atelier du même quartier. La teinture "mouchetée", la "mouchetée imprimée", la "salade", la teinture "nuage", pagnes tissés traditionnels Faso Dan Fani... sont autant de motifs qui ont fait la réputation de la maison. Grâce à cette variété de thèmes et de couleurs, le savoir-faire de la Maison Pathe’O reste unique. Pathé'O qui dit s'inspirer de la rue, des femmes qui vont au marché parées de vêtements et de foulards multicolores, explique : "Il faut créer tous les jours, surprendre les clients, tout le monde veut des nouveautés."    ISSOUF SANOGO / AFP
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Le succès commercial, les honneurs, Pathé'O entend les mettre au service de son "combat" : changer l'image de la mode en Afrique, la faire reconnaître comme un secteur économique à part entière et un instrument pour le développement du pays. "Dans l'esprit de beaucoup de gens ici, tailleur c'est un métier pour ceux qui ne sont pas allés à l'école, un métier de raté", dit-il. "Or la mode africaine, les tissus africains intéressent le monde entier ! Et il y a abondance de créateurs, de talents. Nous devons passer de l'artisanat à l'industrie, produire plus, pour faire avancer l'Afrique", déclare-il à l’AFP.    ISSOUF SANOGO / AFP
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