Education en Côte d'Ivoire : nouveaux pourparlers pour éviter une année blanche

Une fillette balaie une salle de classe, le 19 septembre 2001, dans le village de N\'Zikro, situé à quelques kilomètres à l\'ouest d\'Abidjan, la capitale économique de la Côte d\'Ivoire. 
Une fillette balaie une salle de classe, le 19 septembre 2001, dans le village de N'Zikro, situé à quelques kilomètres à l'ouest d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.  (GEORGES GOBET / AFP)

Les syndicats d'enseignants poursuivent la grève en attendant des gages des autorités ivoiriennes. Les élèves et leurs familles font pression pour une reprise rapide des cours.

Les enseignants du primaire et du secondaire sont en grève depuis le 22 janvier 2019 dans le secteur public ivoirien. Un mouvement de longue durée qui laisse planer le spectre d'une année blanche (c'est-à-dire une année scolaire non validée).  

Initié par la Coalition du secteur éducation-formation de Côte d’Ivoire (Cosef CI), qui réunit "autour de 50%" des enseignants du primaire et "98%" de ceux du secondaire, le mouvement a été reconduit le 16 mars 2019. 

Alors qu'une partie des enseignants du préscolaire (maternelle) et du primaire ont repris le chemin des classes à l'appel de l’Intersyndicale de l’enseignement préscolaire et primaire de Côte d’Ivoire (ISEPPCI), la Coalition a prolongé la grève au motif qu'il y avait "une volonté manifeste du gouvernement de faire fi de (ses) revendications".

La situation a sensiblement évolué. Selon Pacôme Attaby, le porte-parole de la Cosef CI joint au téléphone par franceinfo Afrique, le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly leur a transmis "un message" lors d'une rencontre organisée le 19 mars 2019. "Il a demandé à l'ensemble des organisations syndicales (...), notamment la Cosef CI, la principale organisation des enseignants aujourd'hui en grève, (de reprendre) le travail. En contrepartie, il promet un nouveau cadre de discussion (placé) sous l'égide de la primature" (chef du gouvernement).

La démarche a été "favorablement" accueillie par la Cosef CI qui maintient cependant son mot d'ordre. "Nous sommes toujours en grève jusqu'au samedi (23 mars 2019) où nous tiendrons une assemblée générale". Avant cette dernière, la Coalition attend des gestes "qui vont dans le sens de l'apaisement".

Jusqu'ici, a indiqué Arnaud Boka, membre du directoire de la Cosef CI joint également par téléphone avant la rencontre initiée par la primature, "les portes (étaient) entièrement fermées à la Cosef CI". "Nous espérons que cette discussion, qui démarre maintenant, va permettre d'arrondir les angles", a-t-il ajouté.

Les syndicats attendent des gages du gouvernement

Depuis le début de la grève, note Pacôme Attaby, aucune revendication n'a obtenu satisfaction. "Nos camarades sont encore emprisonnés, nos comptes bancaires sont encore gelés. De nombreux biens matériels de nos camarades dans certaines localités ont été détruits... Nous attendons des gestes forts du gouvernement qui seront analysés en assemblée générale."

La Coalition réclame, entre autres, "la revalorisation des indemnités de logement des enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire public de Côte d'Ivoire, la suppression des cours de mercredi au primaire" ou encore "la suppression de l'emploi d'instituteurs adjoints (IA)".

Les revendications des enseignants ivoiriens concernent également les primes versées lors des examens. Autre exigence : le versement de la somme de 500 000 F Cfa (environ 770 euros) "à chaque enseignant ex-contractuel au titre (des) émoluments non payés de janvier à mai 2014 (et) l'intégration à la Fonction publique du résiduel des radiés en 2014 pour fait de grève".

Depuis des semaines, élèves, étudiants, qui ont été également touchés par la grève suspendue depuis par les enseignants du supérieur et parents d'élèves, multiplient les appels à la reprise. "Nous savons que le droit à l'éducation est un droit fondamental. (...) Nous ne pouvons pas être insensibles à ce qui touche à nos enfants", a réagi Arnaud Boka interrogé sur l'inquiétude des parents d'élèves face à une grève qui perdure. "Toutefois, nous sommes dans une situation de revendications et le blocage n'a pas été créé par nous. Mais plutôt par nos autorités qui ont refusé jusque-là d'amorcer de véritables négociations. Nous sommes très conscients de la situation. Tout comme les parents d'élèves, nous souhaitons vraiment voir le bout du tunnel."

Ce long mouvement de grève est marqué par des violences entre élèves, ceux du secteur public empêchant souvent ceux du privé de suivre leurs cours. Des heurts ont opposé étudiants et élèves à la police le 19 mars 2019 à la suite d'une manifestation pour réclamer la reprise des cours. Sur les antennes de la télévision publique ivoirienne, des élèves expliquaient que les enseignements avaient été interrompus par ceux qui manifestaient. 

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