"Déchiffrer la forêt au lieu de la défricher", propose l'Abidjan Green Art

Pour appréhender la nature de nouvelle manière, des sculptures éphémères ont été créées au milieu de la forêt d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

En novembre et décembre 2019, pendant 12 jours, s'est tenue au parc national du Banco en Côte d'Ivoire, l'Abidjan Green Art (l'AGA), la première biennale des arts pour la forêt et l’environnement. Ce projet initié par Jems Koko Bi, sculpteur et défenseur de la nature a réuni plusieurs artistes internationaux. Prières, danses, ateliers et conférences ont aussi été proposés. 

Le journaliste Patrick Fort et deux photographes Sia Kambou et Issouf Sanogo de l'AFP étaient présents à ce premier rendez-vous.

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Le parc national du Banco, grand réservoir hydraulique et poumon vert de la capitale économique de la Côte d'Ivoire, est un espace protégé proche du quartier d'affaires du Plateau. Il s'étend sur près de 3 500 hectares entre les communes populaires d'Abobo et de Yopougon. Le respect et l’utilisation raisonnée de la forêt sont les but affichés par le célèbre sculpteur Jems Koko Bi et directeur artistique de l'Abidjan Green Art (l'AGA). Quoi de mieux que de créer des œuvres d'art avec des matériaux naturels, au sein d'un espace vert pour sensibiliser les citadins africains aux problèmes de l'environnement.      SIA KAMBOU / AFP
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"Je voulais que les artistes voient cette forêt et créent leur projet ensuite. Le Banco est particulier. Il joue un rôle vital, il donne l'oxygène à Abidjan. On ne le visite pas beaucoup. (…) Déchiffrer la forêt au lieu de la défricher" déclare Jems Koko Bi à l'AFP. "Sensibiliser l’ensemble des populations sur la déforestation, les conséquences qui en découlent et surtout attirer l’attention des uns et des autres sur le phénomène de la séparation de l’espèce humaine, dans ses pratiques et dans ses agissements, d’avec l’espèce végétale" est le message de l'AGA précise l'artiste au quotidien ivoirien, Fraternité Matin.    ISSOUF SANOGO / AFP
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La Côte d’Ivoire compte parmi les pays principalement recouverts de forêts. Un atout pour sa croissance et son bien-être. C’est pourquoi, Jems Koko Bi suggère "non pas un rapport synthétique, mais une culture de l’arbre" explique l'hebdomadaire culturel des villes de la Côte d'Ivoire, La Régionale. Lors de l'inauguration et malgré la pluie, prières, chants et danses ont accompagné la biennale.           SIA KAMBOU / AFP
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Des musiciennes comme les "Femmes battantes" de la compagnie Naforo-Ba, connues pour leurs prises de position contre les tabous en Afrique, dont celui d'interdire certaines formes d’arts vivants aux femmes, ont participé à cette première édition.      SIA KAMBOU / AFP
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Oiseau, nid ou encore bateau, une dizaine d'œuvres de grande taille ont vu le jour dans l'arboretum du Banco. Elles ont été réalisées avec d'énormes fagots de bois mort, des feuilles, des bambous finement découpés… Le peintre sénégalais Soly Cissé a créé "La chose", un homme-oiseau qui jaillit du sol, qui éclot comme une graine". "La forêt a déclenché plein de choses en moi (…) La forêt, les arbres, c'est la vie. La verticalité, c'est la vie, l'horizontalité, la mort. On doit protéger nos forêts comme les guerriers zoulous !" déclare-t-il à l'AFP.         SIA KAMBOU / AFP
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Les sculpteurs ont accepté une règle du jeu simple : "Ne pas entrer dans le parc avec ce qui n'est pas naturel, pas de fer, pas de ciment... On travaille avec ce qu'on trouve. Et bien sûr interdit de couper", résume à l'AFP, le sculpteur helvéto-canadien Ernest Daetwyler, qui a construit un énorme bateau avec du bois mort, symbole "du voyage, de l'immigration, mais aussi d'un nouveau départ".    ISSOUF SANOGO / AFP
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L'artiste namibienne Imke Rust a construit un grand nid éphémère comme un "cercle de vie".  Elle a créé des embrasures de portes et posé sur les montants des branches en forme de serpent blanc tacheté de noir. "Je me suis rempli le cœur de vert", assure l'artiste qui est plus habituée à la sécheresse des déserts d'Afrique australe.    ISSOUF SANOGO / AFP
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La forêt ivoirienne est passée de 16 millions d’hectares au début du siècle dernier à tout juste deux millions aujourd'hui, selon les chiffres du ministère ivoirien des Eaux et Forêts. Cette situation est en grande partie imputable aux activités humaines. Sont responsables l’agriculture extensive basée sur les cultures itinérantes sur brûlis, la surexploitation de la forêt en bois d’œuvre et bois de chauffage, l’urbanisation galopante et les feux de brousse souvent pratiqués à des fins de chasse. En outre, la crise politico-militaire que le pays a connue pendant une décennie (de fin 1999 à fin 2010) a favorisé le pillage des ressources naturelles et l’infiltration massive des aires protégées (forêts classées et autres parcs ou réserves) par des populations qui les exploitent illégalement.       ISSOUF SANOGO / AFP
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