La famille du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, accusée de détournements massifs

Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, à Paris le 10 novembre 2018.
Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, à Paris le 10 novembre 2018. (REUTERS - BENOIT TESSIER / X02011)

Elle aurait soustrait à son profit près de 70 millions de dollars provenant des fonds publics. Le pétrole fournit 80% des richesses du pays.

Selon un rapport de l’organisation non gouvernementale britannique Global Witness publié le 6 août 2019, Denis Christel, fils du chef de l’Etat, se serait ainsi approprié près de 50 millions de dollars. Dans une première enquête publiée en avril, l’ONG accusait aussi la fille du président, Claudia, d’avoir mis la main sur près de 20 millions.

Député d'Oyo (nord), fief de son père Denis Sassou Nguesso depuis 35 ans à la tête du Congo, Denis Christel Sassou Nguesso, 44 ans, a été jusqu'en 2016 le numéro deux de la puissante Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). L’or noir représente 80% des ressources du pays.

"Kiki le pétrolier"

Egalement "administrateur général de l’unique raffinerie du pays, la Coraf", celui que l’on surnomme "Kiki le pétrolier" "s’est fait remarquer par sa mauvaise gouvernance et son goût pour la dépense extravagante et les circuits financiers offshore afin de dissimuler ses opérations hasardeuses", constate Le Monde.

"Au total, en 2014, les entreprises détenues par Denis Christel Sassou Nguesso ont reçu près de 50,5 millions de dollars qui auraient été détournés des comptes du Trésor congolais", écrit l'ONG britannique spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles. "Selon des documents étudiés par Global Witness, le véritable propriétaire du réseau chypriote d'entreprises qui a reçu les 50 millions de dollars du Trésor congolais était Denis Christel Sassou Nguesso", affirme le rapport.

Les fonds détournés par Denis Christel, 44 ans, auraient servi à mettre en place "une structure d'entreprise complexe et opaque dans plusieurs pays", indique le document. "Six pays européens différents, les îles Vierges britanniques et l'Etat américain du Delaware ont été impliqués dans ce qui s'avère être une manœuvre de blanchiment d'argent", ajoute le rapport de Global Witness.

Agriculteurs de la région de Pool (sud du Congo-Brazzaville) le 24 juillet 2019. Près de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Agriculteurs de la région de Pool (sud du Congo-Brazzaville) le 24 juillet 2019. Près de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. (SAMIR TOUNSI / AFP)
"Au cœur de l'apparente stratégie de blanchiment d'argent des Sassou Nguesso", écrit l'ONG, on trouve l’homme d’affaires portugais José Veiga. "Ce célèbre homme d'affaires portugais est connu pour être un homme de main de la famille présidentielle congolaise en matière de business" ("a personal business fixer for the Congolese Presidential family"), affirme-t-elle. Et de préciser que celui-ci "fait l’objet d’une enquête au Portugal pour son implication présumée dans la corruption et le blanchiment d’argent au Congo".

Trump Tower

Quant à la sœur de Denis Christel, Claudia, 46 ans, elle "aurait détourné près de 20 millions de dollars de fonds publics et en aurait utilisé une partie pour acheter un appartement de luxe dans le Trump International Hotel and Tower à New York", affirme une autre enquête de Global Witness publiée en avril. Claudia Sassou Nguesso est directrice de la communication de la présidence et conseillère spéciale de son père.

Cité par Le Monde, les autorités congolaises dénoncent des "fake news" et une "cabale médiatique". Un porte-parole du gouvernement, contacté par l’AFP, n'a pas souhaité commenter les dernières révélations de Global Witness sur Denis Christel Sassou Nguesso.

Pourtant, dans son message sur l’état de la nation, prononcé devant le Parlement congolais en décembre 2018 et cité par le site de l’ambassade du Congo en France, le chef de l’Etat expliquait qu’il entendait faire de "la lutte contre les délits économiques" l’une de ses priorités pour l’année 2019. "Face aux délits économiques, quels qu'ils soient, il n'y aura ni menu fretin ni gros poissons. J'assure qu'il n'y aura ni bouclier de protection pour les uns ni rampe de sanctions pour les autres. Tout passera dans la nasse du droit et de la justice", déclarait-il alors. La nasse aurait-elle des trous ?

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