Ce que l'on sait de l'enlèvement d'une humanitaire française de 67 ans en Centrafrique

Des soldats français dans une rue de Bangui, la capitale centrafricaine, le 4 décembre 2014.
Des soldats français dans une rue de Bangui, la capitale centrafricaine, le 4 décembre 2014. (PACOME PABANDJI / AFP)

"La France déplore cet acte contraire au droit humanitaire et appelle les responsables à [la] libérer au plus tôt", a déclaré le Quai d'Orsay. Un employé centrafricain de la même ONG a également été enlevé.

Deux personnes dont une Française, en mission humanitaire en Centrafrique, et un employé centrafricain de son ONG ont été enlevés lundi 19 janvier à Bangui, selon des sources concordantes lundi. Dans un communiqué publié dans la soirée, le Quai d'Orsay a appelé à "libérer au plus tôt" la femme enlevée, soulignant que "la France déplore cet acte contraire au droit humanitaire". Il s'agit du premier enlèvement d'un ressortissant français dans le pays depuis le début de la crise en 2013.

ANNE-CLAIRE POIGNARD - FRANCE 2

Le ministère des Affaires étrangères français a ajouté que l'ambassade de France à Bangui "est en contact permanent avec l'archevêché de la capitale centrafricaine qui a entamé des discussions avec les ravisseurs". Francetv info fo fait le point sur ce que nous savons de cet enlèvement.

Dans quelles circonstances a eu lieu l'enlèvement ?

Cette Française et l'employé qui font partie de l'ONG médicale catholique Codis (Coordination diocésaine de la santé) circulaient à bord d'un 4x4, qui transportait des médicaments, lorsqu'ils ont été braqués par un groupe de quatre hommes armés de Kalachnikov lundi matin vers 8 heures, heure locale.

"Nous étions trois à bord de notre véhicule en provenance de Damara [70 km au nord de Bangui] où nous étions en mission. Nous avons été arrêtés par un groupe de quatre [miliciens chrétiens] anti-balaka armés de Kalachnikov sortis devant nous sur la route en pleine ville",  raconte le frère Elkana Ndawatcha, un religieux qui conduisait le véhicule. "Moi, j'ai été relâché après être dépouillé de tout ce que j'avais sur moi dont mon téléphone portable, mes documents bancaires et de l'argent. L'un des ravisseurs a pris ma place au volant pour partir avec le véhicule et mes deux collègues en profondeur du quartier Boy-Rabe", quartier du nord-est de Bangui où les anti-balaka sont puissants, poursuit le religieux.

Pourquoi les miliciens anti-balaka sont-ils pointés du doigt ?

Selon une source proche du dossier, l'enlèvement a été mené par des miliciens anti-balaka, mécontents de l'arrestation de Rodrigue Ngaïbona "général Andjilo", puissant chef anti-balaka arrêté samedi à Bouca (dans le nord-ouest du pays). Les miliciens ont manifesté leur mécontentement dans le quartier de Boy-Rabe. "Il y a en ce moment une vive tension à Boy-Rabe. Une personne a même été tuée cette nuit [de dimanche à lundi] par balles. Par ailleurs, de nombreux tirs d'armes automatiques ont été entendus toute la nuit et ce matin encore", déclare une source policière. D'autres tentatives d'enlèvement ont eu lieu dimanche, selon des témoignages concordants.

Les anti-balaka sont des milices principalement chrétiennes qui se sont formées pour lutter contre les rebelles, essentiellement musulmans, de la coalition Séléka qui avait pris le pouvoir en Centrafrique en mars 2013 avant d'en être chassée en janvier 2014. Les deux camps sont accusés d'avoir commis de graves exactions. Le "général Andjilo", qui a été un des principaux chefs anti-balaka à Bangui, avait fui la capitale. Il est notamment soupçonné d'avoir été un des meneurs des miliciens qui ont lancé les massacres de musulmans le 5 décembre 2013 à Bangui.

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