Les Peuls au cœur des conflits entre agriculteurs et éleveurs du Sud-Sahel

Un éleveur fulani, Peul du Nigeria, abreuve son troupeau du côté de la ville de Yola.
Un éleveur fulani, Peul du Nigeria, abreuve son troupeau du côté de la ville de Yola. (EMMANUEL AREWA / AFP)

Il y a quelques jours en République démocratique du Congo (RDC), au nord-est du pays, la population a manifesté son émotion face à la présence de nomades dans la région. Ces éleveurs peuls entrent de plus en plus souvent en conflit avec les populations sédentaires. Des conflits d’usage, mais aussi ethniques qui enflamment la région.

Aujourd’hui, c’est en RDC qu’une partie de la population s’émeut de la présence des nomades peuls. Dans la région de Dungu, à l’extrême nord-est du pays, la société civile a appelé à une journée ville morte le 26 mars 2019. Elle rejette l’idée de toute cohabitation avec les éleveurs venus de l’étranger. "Ils sont arrivés chez nous. Ça déstabilise toute la population là-bas. Leurs vaches sont en train de dévaster les champs des paysans", a précisé à l'AFP le gouverneur par intérim de l'Ituri, Pacifique Keta, qui évoque la présence de 3000 hommes et "15 000 à 20 000 vaches"

Même le clergé s’en mêle. Les évêques de la province de Kisangani, la grande ville de l’est du Congo, parlent de déstabilisation. "Les éleveurs Mbororo s’installent de plus en plus sur le territoire congolais et la présence d’autres éleveurs locaux devient une source d’insécurité pour la population. De tels mouvements migratoires désordonnés font du nord-est du pays, où le pouvoir de l’Etat est quasiment imperceptible à certains endroits, le ventre mou du territoire national."

"Balkanisation"

Les évêques parlent même de "balkanisation". Dans ce contexte, l'Assemblée épiscopale provinciale de Kisangani a entrepris de réaliser une étude sur les causes de l'insécurité, des migrations désordonnées et de l'exploitation des ressources naturelles dans la région, explique le site Vatican news.

Les conflits avec les populations locales, les nomades peuls en sont coutumiers dans toute la bande sahélo-saharienne, et ce n’est pas la première fois que les éleveurs Mbororo font parler d’eux dans l’extrême nord de la RDC. Leur première intrusion dans la région remonte à 1986. Mais c’est en 2004 que ces éleveurs s’installent sur le sol congolais "grâce à la complicité de l’administration rebelle du Mouvement de libération du Congo (MLC) dirigé par l’ancien vice-président de la transition en RDC Jean-Pierre Bemba", écrit Thinking Africa. Une publication résolument anti-Mbororo "qui tente d’examiner, d’une part, les motivations et intentions cachées derrière l’incursion des éleveurs nomades Mbororo qui, venus des régions sahéliennes, ont envahi la République Démocratique du Congo."

Les Peuls marginalisés

En 2014, ils ont également été pris dans la tourmente centrafricaine. A l’époque, l’Association pour l’Intégration et le Développement social des Peuls MBororo de Centrafrique écrivait : nous sommes "une communauté minoritaire, marginalisée et très souvent premières victimes des crises successives qu’a connues notre pays".

Les Mbororo parlent de crimes, de rackets. En Centrafrique, à l’époque, on leur a imposé un "droit de pâturage" jugé illégal. Beaucoup (250 000) se sont alors déplacés au Cameroun. "Leur installation a considérablement accru la pression sur les ressources existantes", écrivait l’ONG Première urgence.

Conflit d'usage

Le conflit agro-pastoral est aussi très vif au Nigeria. Là encore, les éleveurs nomades, les fulanis, sont peuls. Poussés par la sécheresse, ils descendent de plus en plus vers le sud et s’opposent aux cultivateurs sédentaires. La dernière loi, explique RFI, remonte à 1965 et "n’a quasiment jamais été appliquée". Les foyers de peuplement sédentaires se sont multipliés et le mécanisme est implacable. Les troupeaux en pâtures ne font pas bon ménage avec les cultures.

Une fois les routes de transhumance bloquées, les bêtes se retrouvent à piétiner les terres des fermiers et à détruire les cultures. Attaques, représailles, vengeances, le sang appelle le sang. Selon le décompte de RFI, "dans l'Etat de Benue, plus de 300 personnes ont perdu la vie en six mois. Au moins 260 dans l'Etat d'Adamawa."

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