La Centrafrique, l'un des pays les plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires

Les membres des grandes ONG et leurs personnels locaux sont pris dans le tourbillon des violences entre bandes armées ex-Séléka pro-musulmans et anti-Balaka pro-chrétiens qui déchirent le pays depuis 2013. Image d\'illustration.
Les membres des grandes ONG et leurs personnels locaux sont pris dans le tourbillon des violences entre bandes armées ex-Séléka pro-musulmans et anti-Balaka pro-chrétiens qui déchirent le pays depuis 2013. Image d'illustration. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Depuis le début de l'année, plus d'une centaine d'incidents visant des ONG ont été enregistrés en Centrafrique. L'an dernier, six travailleurs humanitaires y ont trouvé la mort, selon l'Onu.

C'est un pays qui n’est plus à la une de l’agenda international. Pourtant, la Centrafrique est devenue l'un des pays les plus dangereux pour les travailleurs humanitaires. Selon International NGO Safety Organisation (INSO), qui recense les exactions contre les ONG dans le monde, 123 incidents (intrusion d'hommes armés, assauts, vols, ...) ont eu lieu depuis le début de l'année. Certaines ONG ont même dû suspendre leurs activités, le temps que la situation s’apaise. Médecins Sans Frontières parle d'une "spirale des violences" inédite depuis la crise de 2014. Or, dans le pays, plus de moitié de la population dépend de l'aide internationale.

A Bangui, le reportage de Saber Jendoubi
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Depuis son bureau climatisé basé à Bangui, Najat Rochdi, coordonnatrice humanitaire pour l'Onu en Centrafrique a les yeux rivés sur son téléphone. Tous les jours, toutes les heures, elle reçoit des alertes sur les attaques contre les humanitaires. Et chaque jour la situation se dégrade un peu plus. "On retrouve beaucoup de crimes organisés pour voler les voitures des humanitaires et dans certains cas pour voler la nourriture qui devait être distribuée auprès de la population. Ce sont des situations dans lesquelles on se retrouve malheureusement assez régulièrement en tant qu’humanitaires", déplore-t-elle.

Le sud-est du pays est le théâtre d'affrontements réguliers entre groupes armés depuis novembre 2016. Les humanitaires vivent la situation au jour le jour. Certaines ONG comme Caritas, Oxfam ou Handicap international ont suspendu leurs activités, puis sont revenues. D'autres sont restées, comme Médecins Sans Frontières dans la localité de Bangassou, située à 700 km de Bangui.

Devoir de neutralité

Au début du mois, des hommes armés blessés par balles ont retenu le personnel au sein même de l'hôpital. Après une nuit d'attente, les équipes MSF ont pu repartir saines et sauves et reprendre le travail au matin. René Colgo, le responsable MSF à Bangassou, a passé la nuit à négocier, mais il insiste sur sa mission. "C’est le principe d’impartialité et de neutralité", explique-t-il.

Nous demandons aux différentes parties du conflit de respecter les structures médicales et nous, on ne fait pas de différence entre groupes. Un patient reste un patientRené Colgo, MSFà franceinfo

Georges Balo, commandant anti-Balaka de la région, est assis sur une chaise de l’hôpital. Le vieil homme attend. Son petit frère est en train de se faire opérer par une équipe de MSF. "Je suis venu soutenir mon frère. Il a été blessé à Bakouma dans une bataille contre les Séléka, à deux heures de route de Bangassou. Deux balles ont traversé sa cuisse. Il va mieux maintenant grâce aux médecins de l'hôpital", raconte-t-il.

Les autorités centrafricaines peinent à mettre en place leur processus de désarmement. De son côté, la force onusienne en Centrafrique (Minusca) est visiblement débordée et l'armée centrafricaine, en reconstruction, est pour l'instant incapable de lutter contre les groupes armés, ce qui fait craindre à de nombreux observateurs le spectre d'une nouvelle guerre civile. 

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