"J’ai beaucoup de chance, car j’ai pu retrouver la vie", raconte une ex-enfant soldat en Centrafrique

Une ex-enfant soldat lors d\'une formation de couture à Bangui en Centrafrique 
Une ex-enfant soldat lors d'une formation de couture à Bangui en Centrafrique  (Plan International)

A 12 ans, Raïssa faisait partie d’un groupe armé. Elle y est restée trois ans avant d’être libérée. Plus de 10 000 enfants sont aujourd’hui encore otages des miliciens.

Ce sont les victimes invisibles du conflit en Centrafrique. Des filles et des garçons qui grandissent au sein des groupes armés, qui contrôlent 80% du territoire. Il est pratiquement impossible d’échapper à leur loi, à leur système. Selon Jacques Kashuka, représentant de l'ONG Plan international à Bangui, entre 10 000 et 12 000 mineurs sont "associés" aux groupes armés où ils sont asservis, exploités et privés de leur enfance.

Certains enfants rejoignent eux-mêmes un groupe armé pour avoir une protection (…) Ils croient ainsi pouvoir défendre leurs parents, leur communauté face à la menace du camp adverseJacques Kashuka, représentant de Plan International à Bangui à franceinfo Afrique

Raïssa, "soldate" à 12 ans

Parmi les nombreuses histoires d'enfance volée, il y a celle de Raïssa*. Alors qu'elle est à l'école, elle apprend que sa famille a été tuée par la Séléka (ex-rebelles). Seule survivante, elle rejoint un autre groupe armé proche de sa communauté (anti-Balaka, une milice d’autodéfense) en espérant qu’il la protégerait. Elle a pour missions le ménage, la cuisine, la préparation de gris-gris censés porter bonheur aux combattants et elle doit apprendre à manier les armes. Elle passe plus de trois ans avec ce groupe armé dans la brousse en pleine guerre civile. 

Le plus dur est de vivre avec ces gens (…) ils tiraient sur leurs prisonniers devant nous pour nous apprendre à tuer, pour qu’on s’habitue à tuer, mais on ne s’habitue pas à çaRaïssa ex-enfant soldat en Centrafrique à franceinfo Afrique

Libre à 15 ans

Grâce à l’intervention des forces de l’ONU (Minusca) et de Plan international, Raïssa retrouve la liberté. L’adolescente est prise en charge par l’organisation qui la place chez un parent éloigné dans le cadre d'un programme de réinsertion. Raïssa est ensuite formée à la couture ce qui lui permet aujourd’hui de subvenir à ses besoins. A 18 ans et après des années de cauchemars "avec des images de massacres toutes les nuits", elle commence à peine à rêver et s'imagine sage-femme ou maîtresse d’école pour s’occuper des enfants. Mais ce qu'elle souhaite par dessus tout, c'est de vivre en paix. 

J’aimerais que le monde entier puisse voir ce qui se passe dans la brousse. L’enrôlement des enfants, l’activité des groupes armés… nous aider à retrouver la paix dans notre pays.Raïssa, 18 ans, ex-enfant soldatà franceinfo Afrique

L'accord de paix conclu en février 2019 entre le gouvernement et 14 groupes armés n'aborde pas la question des enfants-soldats. Selon un récent rapport de l'ONG Save the Children, les enfants les plus menacés au monde vivent en Centrafrique. 

*Le prénom a été changé

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