Centrafrique : "Si vous avez de la soupe une fois par jour, c’est bien"

Dans un hôpital de Bangui (Centrafrique), le 30 mars 2014. Au moins 24 personnes ont été tuées et plus d\'une centaine gravement blessées par des soldats tchadiens qui ont tiré sur des civils.
Dans un hôpital de Bangui (Centrafrique), le 30 mars 2014. Au moins 24 personnes ont été tuées et plus d'une centaine gravement blessées par des soldats tchadiens qui ont tiré sur des civils. (PACOME PABAMDJI / AFP)

Après plus de trois mois de violence et d'affrontements intercommunautaires, les Centrafricains vivent une grave crise sanitaire et alimentaire.

"Des coups de feu ? Quand c’est pas le soir, c’est le matin, et quand c’est pas le matin, c’est à midi. On en a tous les jours." Michel est retraité. Il vit à Bangui, la capitale centrafricaine. Et la violence et l’insécurité lui sont devenues familières. "On a des sites pour s’abriter lorsque les menaces sont sérieuses, mais ce n’est pas facile", poursuit-il.

"Le contexte est extrêmement volatil, explique Mathieu Fortoul, le porte-parole de Médecins sans frontières (MSF) en Centrafrique. En plus de l’insécurité quotidienne, il y a des affrontements ponctuels, comme celui du week-end dernier." Vingt-huit personnes ont dû être prises en charge par l’ONG, dont seize femmes et quatre enfants.

Les combats ont débuté il y a quelques mois entre les rebelles essentiellement musulmans de l'ex-Séléka, qui avaient porté Michel Djotodia à la tête du pays, et des milices anti-balaka, majoritairement chrétiennes, qui s'étaient formées pour protéger la population de leurs exactions. Les anti-balaka mènent depuis des représailles sanglantes contre la population musulmane.

Celle de Bangui est une des victimes de ces affrontements intercommunautaires. Dans les arrondissements de PK5 et PK12, ils sont environ un millier à ne pas oser sortir. "Ils ont peur de se faire tuer", précise Mathieu Fortoul. Plusieurs centaines de musulmans se sont rassemblés dans la grande mosquée. "Ils sont enclavés. Ils sont en danger de mort car ils n'ont que peu d'accès à la nourriture", estime Nicolas Fuchs, directeur de la mission d'Action contre la faim en Centrafrique.

Des dizaines de milliers de déplacés

Face à ces violences, les habitants n’ont trouvé qu’une solution : se déplacer. Lorsqu’un arrondissement de Bangui est touché, les gens migrent dans un quartier plus calme, explique Michel. A proximité de la capitale, le camp M’Poko accueille la population déplacée. Plusieurs dizaines de milliers de personnes s’y entassent.

"Depuis que je suis arrivé il y a deux mois et demi, j’ai vu le nombre de déplacés du camp osciller entre 40 000 personnes au plus bas et 120 000 au plus haut. Les gens rentrent chez eux mais dès qu’il y a un coup de feu, ils reviennent au camp", raconte Mathieu Fortoul. Actuellement, ils sont 60 000 au camp M’Poko. Mais l’agence des Nations unies pour les réfugiés estime le nombre de déplacés à l'intérieur de la Centrafrique à 637 000.

"Ces personnes n’ont pas d’abri, pas de moustiquaire, alors que le paludisme est une des causes principales de mortalité", continue Mathieu Fortoul, en pointant un "manque d'assistance". Le risque sanitaire est élevé. "Les habitants ne peuvent pas se soigner correctement, ils ont des problèmes pour se procurer des médicaments", affirme Michel.

Une crise économique et alimentaire

"Avec l’instabilité, le gouvernement a du mal à payer les salaires", explique Michel. "Il y a un manque de pouvoir d'achat dans le pays, complète Nicolas Fuchs. Plus de cash, donc plus d'accès à la nourriture." Il craint que la crise humanitaire ne s'aggrave encore lorsque l'argent manquera pour payer la main-d'œuvre nécessaire à l'exploitation des grandes parcelles agricoles.

Conséquence : la nourriture est de plus en plus rare. "Si vous avez de la soupe à manger une fois par jour, c’est bien", confie Michel. Action contre la faim prévoit d'ailleurs de mettre en place un système de coupons alimentaires à Bangui. Distribués sur des critères de vulnérabilité, ils permettront de récupérer de la nourriture auprès de commerçants partenaires. Et ainsi de relancer un peu une économie exsangue.

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