Cameroun : la détention prolongée de l'opposant Maurice Kamto "inquiète" Washington

L\'opposant camerounais Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et candidat à la présidence, dans un bureau de vote à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel, le 7 octobre 2018.
L'opposant camerounais Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et candidat à la présidence, dans un bureau de vote à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel, le 7 octobre 2018. (JEAN PIERRE KEPSEU / ANADOLU AGENCY)

Lors d'une visite de deux jours à Yaoundé, le chargé d'affaires américain du président Trump, Tibor Nagy, est revenu sur l'emprisonnement du principal opposant Maurice Kamto qui revendique la victoire à la présidentielle d'octobre 2018.

La visite de Tibor Nagy à Yaoundé était très attendue par la presse locale. Début mars, le secrétaire du secrétaire d'Etat américain adjoint aux Affaires africaines avait déclaré, à Paris, "qu'il serait très sage de libérer" Maurice Kamto. Cette fois, il a indiqué sur Twitter avoir fait part à son homologue camerounais de "ses inquiétudes au sujet de l'arrestation de Maurice Kamto et des autres" manifestants arrêtés. L'émissaire américain a "encouragé" le pays "à garantir le droit à une procédure juste, à manifester pacifiquement et à la liberté d'expression".

Le gouvernement camerounais a aussitôt dénoncé "une grave velléité d'immixtion à peine voilée et inadmissible dans les affaires intérieures du Cameroun". Le principal opposant au président camerounais Paul Biya a été interpellé à Douala à la suite d'une marche pacifique le 26 janvier 2019. Puis il a été présenté mi-février devant un tribunal militaire, ainsi que 150 partisans du parti qu'il dirige, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). 

Tous ont été inculpés notamment pour "hostilité contre la patrie" et "insurrection", selon leurs avocats cités par l'AFP. Ces derniers en avaient aussitôt appelé à "la sagesse du pouvoir" afin de "trouver une solution rapidement", soulignant le caractère "arbitraire" des détentions. 

"Procédures disproportionnées", selon l'UE 

Tour à tour, l'Union européenne, puis l'ONU et les Etats-Unis ont critiqué la détention prolongée de M. Kamto. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a notamment dénoncé des "procédures disproportionnées à l'encontre de plusieurs dirigeants d'un parti de l'opposition, dont son leader M. Kamto", pour des motifs politiques.

La commission du droit international à l'Onu s'est insurgée, elle aussi, contre l'arrestation de l'homme politique camerounais qui a, lui-même, dirigé cette commission onusienne, selon le site actucameroun : ses membres "appellent les autorités camerounaises à assurer pleinement et immédiatement le respect des droits fondamentaux de Maurice Kamto et à lui garantir un procès équitable."

Maurice Kamto dénonce un "hold up électoral" lors du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018, dont il revendique la victoire. Il aurait obtenu, d'après un communiqué du MRC datant du 13 mars 2019, 39,74 % des suffrages contre 38,47 % pour le président sortant Paul Biya. Plusieurs autres partis d'opposition ont dénoncé des "fraudes" dans ce scrutin à un tour. 

Saisir les instances judiciaires internationales 

Or, le Conseil constitutionnel a déclaré Paul Biya, 86 ans, dont 36 au pouvoir, vainqueur de la présidentielle avec 71,28 % des suffrages contre 14,23 % M. Kamto.

Les avocats de ce dernier attendent à présent du tribunal militaire qu'il statue sur la requête en nullité qu'ils ont déposée. A défaut, ils n'excluent pas la possibilité de saisir les instances judiciaires internationales.

Après sa rencontre avec Paul Biya, le 18 mars 2019, l'émissaire américain Tibor Nagy a, selon l'AFP, indiqué sur Twitter, avoir abordé divers sujets comme "la voie à suivre dans notre relation bilatérale sécuritaire, l'aide sécuritaire et nos inquiétudes sur les droits de l'Homme au Cameroun". 

Ses discussions avec le président ont été "franches, directes et honnêtes", a-t-il déclaré à la presse, soulignant avoir "beaucoup apprécié le savoir et la sagesse du président". Sans toutefois mentionner le conflit dans les régions anglophones ni le cas de Maurice Kamto, selon l'AFP.

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