Cameroun : l'opposant Maurice Kamto inculpé et incarcéré pour "rébellion, insurrection et hostilité contre la patrie"

Maurice Kamto, ici pendant un meeting, est arrivé second lors de l\'élection présidentielle d\'octobre 2018.
Maurice Kamto, ici pendant un meeting, est arrivé second lors de l'élection présidentielle d'octobre 2018. (MARCO LONGARI / AFP)

Depuis son arrestation le 28 janvier 2019 dans la capitale économique Douala, Maurice Kamto, candidat arrivé second de l’élection présidentielle de 2018, était gardé à vue dans les locaux d'une unité spéciale de la police à Yaoundé, le Groupement spécial d'opérations (GSO). Il vient d’être transféré à la prison centrale de Kondengui.

Maurice Kamto, avocat et ancien ministre, conteste la large réélection de Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans, lors de la présidentielle d'octobre 2018, une victoire qu'il a qualifiée de "hold-up électoral".

Maurice Kamto est une figure de la politique camerounaise et un spécialiste du droit. De 2004 à 2011, il a été ministre délégué auprès du ministre de la Justice.

Depuis sa cellule, en tout cas, Maurice Kamto a pu s’exprimer, rapporte le Journal du Cameroun. Un message à la jeunesse à l’occasion de la 53ème édition de la Fête nationale des jeunes.

"La réaction brutale, inexplicable et injustifiée du pouvoir à des manifestations pacifiques marque un dangereux virage", selon Maurice Kamto, et il appelle la jeunesse à la "vigilance". Faisant référence aux événements qui secouent une partie du Cameroun dans sa partie anglophone, le leader d’opposition ajoute : "Le tribalisme est l’arme qu’utilisent ceux qui n’ont pas d’arguments pour défendre le bilan de 36 ans de corruption et de détournements de fonds généralisés". L’opposant met en avant "les scandales financiers", "l’échec des projets structurants", "la misère généralisée au sein de la population ".

Silence de la France

Nos confrères de la Deutsche Welle (DW) s’interrogent sur le silence des chancelleries occidentales, et en particulier de la France, lors de l’arrestation de cette figure camerounaise.

Un laisser-faire qui préoccupe les observateurs camerounais comme Patrick MBoyo, chercheur à l'université Paris Saclay interrogé par la DW. "C'est une situation assez confuse au Cameroun qui risque d'exploser à tout moment", dit-il. "Laisser cela se passer ainsi, c'est n'est pas rendre service au Cameroun. Et Paul Biya, qui est au crépuscule de son pouvoir, n'a rien à perdre aujourd'hui, que le Cameroun implose après lui ou à la fin de son mandat."

Lors du point presse du 13 février, le Quai d’Orsay a juste précisé : "Nous sommes préoccupés par ce développement judiciaire et restons attentifs à la situation de M. Kamto et à celle d’environ 200 de ses partisans qui sont détenus. L’opposition camerounaise, dont il est l’une des figures, doit pouvoir s’exprimer librement, dans le respect de la loi."

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