Le général Evariste Ndayishimiye, un pilier du régime burundais, proclamé président

Le général Evariste Ndayishimiye s\'exprimant devant les médias après avoir voté pour la présidentielle du 20 mai 2020.
Le général Evariste Ndayishimiye s'exprimant devant les médias après avoir voté pour la présidentielle du 20 mai 2020. (AFP)

Le nouveau président burundais, fruit d'un compromis politique, a la réputation d'être un homme plus ouvert que son prédécesseur, Pierre Nkurunziza.

A peine élu et déjà contesté. Le général Evariste Ndayishimiye, 52 ans, a remporté la présidentielle du 20 mai 2020 au Burundi, avec 68,72% des voix, selon les chiffres publiés par la commission électorale le 25 mai.

Le principal opposant Agathon Rwasa a annoncé, le lendemain de la publication des résultats, son intention de saisir la Cour constitutionnelle pour contester l'issue d'un scrutin que son parti, le Conseil national pour la liberté (CNL), avait déjà qualifié de "mascarade électorale".

"Neva", le surnom du président élu, a été présenté par son parti – le CNDD-FDD (au pouvoir) comme l'héritier du président sortant, Pierre Nkurunziza. Le général Ndayishimiye paraît néanmoins plus conciliant que son prédécesseur dont il est proche, bien qu'il n'ait pas été le premier choix du président sortant pour la présidentielle. L'un et l'autre sont issus des rangs de la rébellion hutue qui accéda au pouvoir à l'issue de la guerre civile (1993-2006). 

L'homme du compromis 

La désignation d'Evariste Ndayishimiye comme candidat en janvier 2020 est le résultat d'un compromis entre l'ancien président et le petit groupe de généraux qui contrôlent avec lui tous les leviers du pouvoir, selon une étude publiée récemment par le groupe de réflexion l'Initiative pour les droits humains au Burundi. Le nouveau président élu, qui ne fait pas partie de ce groupe de généraux, leur est donc redevable et pourrait avoir du mal à s'en émanciper.

"Il devra marcher sur une dangereuse corde raide dans les hautes sphères du parti au pouvoir" entre "des intérêts puissants et concurrents", note l'Initiative. D'autant que son mentor Pierre Nkurunziza, qui a été élevé au rang de "Guide suprême du patriotisme" en février, n'entend pas s'effacer complètement.

"Le général Ndayishimiye sera entre le marteau et l'enclume. Il va marcher sur des œufs au cours des premières années et devra attendre longtemps avant d'acquérir une certaine marge de manœuvre", prédit à l'AFP un cadre de son parti, sous couvert de l'anonymat. "Mais ça ne sera pas difficile, car il a été choisi parce que c'est un fidèle parmi les fidèles, prêt à mourir pour son parti", ajoute ce cadre au sujet de cet ancien ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique (2006-2007), tour à tour chef de cabinet militaire et civil du président. Le général Ndayishimiye comptait parmi les principaux chefs militaires du CNDD-FDD à la signature de l'accord de cessez-le-feu en 2003, qui mit un terme à la guerre civile au Burundi (au moins 300 000 morts entre 1993 et 2006).

Un conflit auquel il a pris part dès les premières heures. Evariste Ndayishimiye venait d'entrer à l'université du Burundi lorsque la guerre civile a éclaté en 1993. Il était en deuxième année de droit quand a été perpétré le massacre de dizaines d'étudiants hutus par des extrémistes tutsis en 1995, un épisode dont il a réchappé par miracle et qui l'a convaincu de prendre les armes.

Plus tard, il deviendra le principal négociateur du CNDD-FDD lors de la signature en 2003 de l'accord de cessez-le-feu de la guerre civile.

Ces dernières années, le général Ndayishimiye a été l'un des hommes clés du système qui a verrouillé le pays depuis la crise de 2015. La réélection de Pierre Nkurunziza, qui dirigeait le pays depuis 2005, à un troisième mandat controversé avait alors débouché sur des violences politiques qui ont fait au moins 1 200 morts et se poursuivent.

En tant que secrétaire général du parti au pouvoir, depuis 2016, Evariste Ndayishimiye a plutôt prôné la tolérance politique et ne paraît pas avoir été directement impliqué dans des violations des droits de l'Homme. Mais il n'a pas empêché non plus les abus, commis notamment par les Imbonerakure, la ligue de jeunesse du CNDD-FDD.

Un général "plutôt ouvert" à la tête du Burundi

Au fil de sa carrière politique, le général Ndayishimiye s'est affirmé comme un homme de consensus. Interrogées par le groupe de réflexion l'Initiative pour les droits humains au Burundi, plusieurs personnes qui l'ont côtoyé brossent le portrait de quelqu'un de simple, proche du peuple, plutôt tolérant, peu corrompu et ne s'inscrivant pas dans les schémas ethniques, mais aussi d'une personnalité manquant de caractère et plus encline à suivre un chef qu'à diriger.

"C'est un homme plutôt ouvert, d'abord facile, qui aime blaguer et rire avec ses amis", mais aussi "plutôt colérique, (et qui) s'emporte très facilement au risque de s'enflammer", confirme un de ses amis à l'AFP, sous couvert de l'anonymat.

"Il a une réputation d'ouverture et d'honnêteté contrairement aux autres généraux", décrypte pour l'AFP un diplomate fin connaisseur des arcanes du pouvoir burundais. "C'était le meilleur choix, mais il aura fort à faire pour impulser le changement et l'ouverture à l'opposition dans un parti dominé par un courant extrémiste et sectaire."

A l'instar de Pierre Nkurunziza, un évangélique "born again", le général Ndayishimiye est un fervent croyant et pratiquant, mais de confession catholique. Cela pourrait aider le pouvoir à renouer avec l'Eglise catholique, qui n'a pas mâché ses mots à l'égard de la dérive observée depuis 2015.

Son profil plutôt modéré pourrait aussi lui valoir une certaine bienveillance de la communauté internationale et l'aider à briser un peu l'isolement du pays. D'abord critique à l'égard de la Belgique, l'ancien colonisateur, et de l'Union européenne, il s'est montré plus conciliant ces derniers temps. Il "a lancé des signaux d'ouverture à la communauté internationale, et elle est prête à le reconnaître et à renouer avec lui", explique un autre diplomate ayant requis l'anonymat.

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