Alaize, survivant de la guerre au Burundi, médaillé aux Mondiaux handisport : "Le lion ne meurt jamais, il dort juste"

Jean-Baptiste Alaize aux Jeux paralympiques de Londres, en 2012.
Jean-Baptiste Alaize aux Jeux paralympiques de Londres, en 2012. (ADRIAN DENNIS / AFP)

Le Français Jean-Baptiste Alaize, qui a perdu sa jambe droite pendant la guerre civile au Burundi, a remporté la médaillé de bronze aux Mondiaux handisport d'athlétisme le 17 juillet dernier. Franceinfo a rencontré cet athlète au destin hors du commun.

Son parcours est digne d'un scénario de film. Lundi 17 juillet, Jean-Baptiste Alaize, a décroché la médaille de bronze du saut en longueur aux Mondiaux handisport d'athlétisme, à Londres. L'athlète français de 26 ans, quadruple champion et recordman du monde de la discipline chez les moins de 23 ans, est un survivant de la guerre civile au Burundi en 1993, entre Hutus et Tutsis. Une force de la nature.

Le reportage d'Antoine Martin.
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Lorsqu'il a trois ans, des soldats font irruption dans son village. Sa mère et une partie de sa famille sont assassinées. Lui, reçoit des coups de machettes au cou, au bras, au dos... et à la jambe droite. Sa jambe est sectionnée. L’enfant est laissé pour mort. "Quand je me suis réveillé dans un lit d'hôpital, tout a changé du jour au lendemain, raconte-t-il. Avec la jambe en moins, plein de cicatrices, j'ai vraiment compris que je venais de vivre quelque chose d'horrible."

Adopté par un couple français

Jean-Baptiste Alaize raconte avec une distance surprenante le drame qui a fait basculer sa vie d'enfant. "On me surnomme 'le lion', confie l'athlète. On dit toujours que le lion ne meurt jamais, il dort juste. Moi, je ne suis pas mort. J'ai juste dormi. Et je me suis réveillé une semaine après. Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai beaucoup de chance et que rien ne peut m'arriver."

Je me considérais comme un enfant qui venait de mourir et qui a survécu après tout ça. J'avais un côté dans ma tête qui était vivant et un côté mort.Jean-Baptiste Alaize, athlète handisport à franceinfo

En 1998, après plusieurs années passées dans un orphelinat, le jeune garçon est adopté par un couple de Français installés près de Montélimar (Drôme), Robert et Danièle Alaize. Il est appareillé. Son ancien prénom, Mougicha, appartient désormais au passé.

La revanche sur la piste

Jean-Baptiste Alaize se révèle lors d'un relais 4x100 m organisé au collège. La suite est brillante : il rafle plusieurs titres de champion du monde en junior avant sa première médaille de bronze chez les seniors en juillet. "Pour moi, la médaille de bronze, c'est comme si c'était la médaille d'or ! J'ai quand même réalisé la quatrième meilleure performance de tous les temps [6,82 m]. Ça a été la grosse perf !"

Ce que j'ai vécu, le soir de la finale, ça a été vraiment la revanche dans ma tête.Jean-Baptiste Alaize, athlète handisport à franceinfo

My best day

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Jusqu'en 2013, Jean-Baptiste Alaize n'est jamais retourné au Burundi. "Mentalement, je n'étais pas prêt et je ne voulais pas brûler les étapes", dit-il. Mais il voulait aussi "savoir la vérité" sur sa vie. Le retour dans son pays natal, à 23 ans, reste gravé dans sa mémoire. Il raconte cette arrivée "difficile" car, sur place, beaucoup le croient mort. "Quand ils m'ont vu revenir, ils ont dit : 'C'est the revenant, c'est le petit Mougicha qui est de retour alors qu'il est mort !' Beaucoup de gens ne s'imaginaient pas que c'était moi. Je me rappelle des gestes : on me touchait sur quasiment tout mon corps, ma jambe et tout, parce qu'ils ne croyaient pas que c'était moi."

C'est grâce à mes cicatrices et la prothèse qu'ils m'ont reconnu.Jean-Baptiste Alaize, athlète handisportà franceinfo

Son second voyage au Burundi aura lieu cet été. L'athlète français participe aux Jeux de l’Amitié, organisés dans la capitale Bujumbura du 11 au 13 août à l'occasion du 12e anniversaire de la fin de la guerre civile. Quant à son prochain défi sportif, ce sera pour l'été 2018 : décrocher le titre européen du saut en longueur, à Berlin, en Allemagne.