Burundi : la première radio coupée, les chefs de la société civile traqués

A Musaga, près de la capitale du Burundi, Bujumbura, le 27 avril 2015.
A Musaga, près de la capitale du Burundi, Bujumbura, le 27 avril 2015. (SIMON MAINA / AFP)

Les autorités ont fermé la principale radio indépendante du pays et arrêté l'une des figures de la société civile opposée à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

Tensions au Burundi. Les autorités ont fermé lundi 27 avril la principale radio indépendante du pays et arrêté l'une des figures de la société civile opposée à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, tout en empêchant de nouvelles manifestations contre le chef de l'Etat à Bujumbura, la capitale.

Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis dix ans, a été désigné samedi par le parti au pouvoir comme candidat à l'élection présidentielle de juin, à l'issue d'un congrès à Bujumbura. Depuis, des manifestations à l'appel de l'opposition secouent le pays. La société civile et l'opposition estiment que cette candidature à un troisième mandat est inconstitutionnelle, la loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

La Radio publique africaine (RPA), station la plus écoutée du pays, a elle-même annoncé lundi après-midi s'être fait retirer son autorisation d'émettre, avant que son signal ne soit coupé. Accusée par les autorités d'incitation "au soulèvement", elle ne pouvait déjà plus émettre au-delà de Bujumbura depuis les premières manifestations, dimanche.

Arrestations en série

Un peu plus tôt lundi, Pierre-Claver Mbonimpa, leader de la principale organisation burundaise de défense des droits de l'homme, a été arrêté. Selon son avocat, son arrestation est "liée" à l'appel du militant à manifester.

Un mandat d'arrêt a par ailleurs été émis contre le principal organisateur, au sein de la société civile, de la campagne anti-Nkurunziza, Vital Nshimirimana, passé dans la clandestinité, mais qui a promis, dans un entretien téléphonique à l'AFP, de poursuivre le mouvement. "Ça ne fait que commencer, le mouvement ne s'arrêtera que quand Nkurunziza annoncera qu'il renonce à sa candidature, a-t-il dit. Le peuple burundais et la communauté internationale sont témoins que nos manifestations sont pacifiques." Entre dimanche et lundi, "environ 320 personnes" ont été arrêtées, a affirmé un haut gradé de la police.

Plusieurs morts

Trois personnes ont péri dimanche dans des affrontements entre manifestants et policiers, selon un bilan de la Croix-Rouge. Deux autres personnes ont ensuite été tuées dans des descentes nocturnes réalisées, selon des témoins, par des jeunes du parti présidentiel dans le quartier de Cibitoke, où les affrontements avaient été les plus violents dans la journée.

Alors que le gouvernement a interdit les manifestations à travers le pays, un millier de jeunes ont malgré tout de nouveau tenté lundi matin de quitter Cibitoke pour rejoindre le centre-ville de Bujumbura. Branches d'arbres en main en signe de leur volonté de manifester pacifiquement, ils ont très vite été stoppés par la police antiémeute. Dans l'après-midi, des incidents sporadiques ont opposé dans le sud de la capitale des manifestants et des policiers.

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