Burkina Faso : le jour où le président Blaise Compaoré a démissionné

C. SEMPERE, C. COLNET / FRANCE 2

Devenu chef de l'Etat en 1987 à la suite d'un putsch, il a finalement cédé à la pression de la rue. Son pays entre désormais dans une phase d'incertitude.

Blaise Compaoré avait tenté de rester dans son fauteuil, en proposant de nouvelles élections. Après 27 ans à la tête du pays, le président du Burkina Faso a finalement démissionné, vendredi 31 octobre, car cet appel de la dernière chance n'avait pas ramené le calme dans les rues. Retour sur cette journée historique.

Blaise Compaoré présente sa démission

Dans la matinée, la foule a à nouveau assiégé tous les bâtiments officiels, malgré cet appel de la dernière chance : devenu chef de l'Etat en 1987 à la suite d'un putsch, Blaise Compaoré a alors compris qu'il ne pouvait plus rester en place. Un communiqué lu par une journaliste annonce sa démission, à la mi-journée.

"Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (...), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition." La transition doit "aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours", précise-t-il. Aux termes de la constitution du Burkina Faso, l'intérim à la tête de l'Etat doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale si le président démissionne.

Le chef d'état-major revendique les fonctions de "chef de l'état"

Sauf que l'Assemblée a été dissoute dès jeudi soir par le général Honoré Traoré, dans le cadre de l'état de siège brièvement décrété par Blaise Compaoré. Quelques minutes après la démission du président, le chef d'état-major des armées déclare qu'il va assurer les fonctions de "chef de l'Etat" de transition, tout en prenant "l'engagement" de mettre en place des consultations avec les "forces vives" de la nation. Il reste toutefois flou sur le calendrier de la transition.

Si l'annonce du chef militaire devait être confirmée par le Conseil constitutionnel, il s'agirait alors d'un "coup d'Etat", estime-t-on à Paris, qui entraînerait une "mécanique de sanctions qui vont pénaliser la population". Au pays, la situation est loin d'être réglée. Des pillages se déroulent dans le quartier des ministères à Ouagadougou, ainsi que dans d'autres villes du pays. Un convoi lourdement armé est aperçu en direction du sud du pays, avec à bord Blaise Compaoré, selon plusieurs sources

Un groupe d'officiers prend le contrepied du général

Dans la soirée, un groupe d'officiers contredit le général Honoré Traoré et annonce la prochaine mise en place d'un nouvel "organe de transition". Un texte signé du numéro 2 de la garde présidentielle affirme ainsi : "Nous, forces vives de la Nation, (...) à la demande du peuple burkinabé, avons décidé que la Constitution du 2 juin 1991 est suspendue". Ces "jeunes" officiers expriment ainsi leur hostilité envers une partie de la haute hiérarchie militaire, selon eux trop âgée et compromise avec l'ancien régime. Un autre communiqué, également signé par le lieutenant-colonel Zida, fait aussi état de "la fermeture des frontières aériennes et terrestres" du pays. Le Burkina Faso entre désormais dans une grande période d'incertitude.

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