Sahel : Emmanuel Macron dénonce des "puissances étrangères" qui alimentent un discours antifrançais

Le président Emmanuel Macron à Pau, entouré (à sa droite) de son homologue tchadien Idriss Deby et (à sa gauche) de son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, le 13 janvier 2020 lors du sommet du G5 Sahel à Pau.
Le président Emmanuel Macron à Pau, entouré (à sa droite) de son homologue tchadien Idriss Deby et (à sa gauche) de son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, le 13 janvier 2020 lors du sommet du G5 Sahel à Pau. (REUTERS - POOL NEW / X80003)

Le président français vise notamment la Russie.

Devant les dirigeants des pays du G5-Sahel qu'il avait conviés à Pau (sud-ouest de la France), le président français Emmanuel Macron a vivement dénoncé, le 13 janvier 2020, les discours "indignes" qui alimentent les critiques antifrançaises au Sahel. Selon lui, ces discours servent des "puissances étrangères" qui ont "un agenda de mercenaires". La Russie est implicitement visée par ce discours. Le terme de "mercenaires" évoquant particulièrement les activités du sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner. Lequel est accusé de mercenariat et suspecté d'appartenir à Evgueni Prigojine, un homme d'affaires proche du Kremlin.

"Les discours que j'ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes (...) parce qu'ils servent d'autres intérêts, soit ceux des groupements terroristes (...), soit ceux d'autres puissances étrangères qui veulent simplement voir les Européens plus loin, parce qu'elles ont leur propre agenda, un agenda de mercenaires", a dénoncé le président français. Il a affirmé que "l'armée française" se trouvait au Sahel "pour la sécurité et la stabilité", pas pour "d'autres intérêts".

"Que ces gens-là disent qui se fait tuer pour leurs enfants !"

"J'entends beaucoup de gens qui disent tout et n'importe quoi. Demandez-vous par qui ils sont payés, demandez-vous quels intérêts ils servent. Moi, j'ai mon idée", a répondu Emmanuel Macron à un journaliste malien. Ce dernier lui avait rapporté les doutes d'une partie de la population de son pays sur les raisons de l'engagement des militaires français et leur détermination à combattre les jihadistes.

"Que ces gens-là disent qui se fait tuer pour leurs enfants !", s'est exclamé Emmanuel Macron. Depuis le début de l'intervention de Paris au Mali en 2013, 41 militaires français ont été tués au Sahel. "Moi, je sais qui est tombé pour la sécurité des Maliennes et des Maliens, des Nigériens et des Burkinabè : des soldats français", a-t-il martelé.

Il a remercié les dirigeants sahéliens d'avoir "combattu avec beaucoup de fermeté" ces "discours indignes". Mais les cinq chefs d'Etat africains, dont plusieurs ont salué l'engagement de la France lors de leurs discours de fin d'année, sont restés silencieux sur ce point lors de la conférence de presse à Pau.

"Politique digne de l'impérialisme"

"Nous soupçonnons les Russes d'encourager le sentiment antifrançais" dans la bande sahélo-saharienne, confiait récemment à l'AFP un haut gradé français.

Comme l'expliquait franceinfo Afrique le 21 novembre dernier, le "discours antifrançais", que dénonce Emmanuel Macron, est notamment porté au Mali par un Groupe des patriotes du Mali. Celle-ci est "une association de la société civile dont on ignore la représentativité". Et dont la page Facebook affiche une photo de... Vladimir Poutine.

La même page renvoie sur une vidéo (tirée du site sahelien.com) rendant compte d'une manifestation organisée le 10 janvier place de l'Indépendance à Bamako. Les manifestants étaient au nombre de 900, selon la police, et de "plusieurs milliers", selon les organisateurs, rapporte l'AFP. Des députés du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, y ont pris part ainsi que le président de la formation d'opposition SADI. Dans le défilé, on pouvait voir inscrits des slogans du genre : "A bas la France", "France, dégage" (allusion probable au slogan de la révolution tunisienne en 2011), selon la vidéo. La politique de la France au Mali est "une politique digne de l'impérialisme : diviser pour mieux régner, diviser pour mieux piller", y explique un manifestant.

Et la Russie dans tout ça ? 

A l'automne 2019, quelques mois après la conclusion d'un modeste accord de coopération militaire entre le Mali et la Russie, une petite équipe de Wagner a séjourné à Bamako, a appris l'AFP auprès de deux sources sécuritaires distinctes en Afrique de l'Ouest. Selon l'une de ces sources basée au Sahel, la décision d'implanter une unité Wagner au Mali avait été entérinée lors du premier sommet Russie-Afrique à Sotchi, en octobre 2019. 

Ce groupe, avec qui Moscou dément tout lien, fournit des services de maintenance d'équipements militaires, entre autres activités. Ils ont été aperçus ailleurs en Afrique : en Libye, on les dit alliés au maréchal Haftar. Dans le nord du Mozambique, ils combattraient avec l'armée une rébellion jihadiste et des médias occidentaux ont fait état d'une présence à Madagascar et au Soudan.

Comme l'expliquait franceinfo Afrique le 10 décembre, la Russie n'arrive pas au Mali en terre inconnue. "Déjà, à l'époque de la Guerre froide, ce qu'on appelait alors l'Union soviétique entretenait des liens étroits avec Bamako. Dès son indépendance en 1961, l'ancienne colonie française se tourne vers le 'camp du socialisme' et conclut des accords de coopération avec l'URSS, qui se met à équiper les forces armées maliennes. Moscou, qui a également signé un accord de coopération avec le Burkina voisin en août 2018 et doit également lui livrer deux hélicoptères, met ainsi un petit pied dans la porte en Afrique de l'Ouest francophone, dont il était quasi-absent jusqu'ici."

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