G5-Sahel : l'armée du Burkina Faso en pleine déroute

Parade de soldats du Burkina Faso le 4 janvier 2017 dans la capitale Ouagadougou.
Parade de soldats du Burkina Faso le 4 janvier 2017 dans la capitale Ouagadougou. (AHMED OUOBA / AFP)

Le moral des troupes burkinabè est au plus bas, face à la répétition des attaques terroristes et un manque de moyens rédhibitoire. 

Ceci peut expliquer cela. Les revers subis par l’armée du Burkina sont clairement liés à l’état des troupes, notamment à leur manque de formation. Pour certains observateurs, comme l’International Crisis Group, "les autorités ont perdu le contrôle de certaines parties du pays." Le nord et l’est sont ainsi totalement à la merci des mouvements djihadistes.

Selon des média burkinabè, les populations victimes se préparent "à opposer une résistance populaire, avec ou sans l’aide des Forces de défense et de sécurité aux groupes armés". Une affirmation qui relève sans doute plus du vœu pieux, et de la dialectique nationaliste. On voit mal comment ces populations s’équiperaient, alors que les forces nationales sont démunies de presque tout.

Une armée démotivée

L’AFP apporte le témoignage d’un policier qui n’y croit plus. "On a perdu le combat. Il ne se passe pas un jour sans qu'il n'arrive quelque chose, même si la presse n'est pas au courant", explique l’homme sous couvert d’anonymat. Et le constat qu’il dresse quant au matériel est sans appel. "J'ai un PA (pistolet automatique). J'ai cinq cartouches. C'est comme ça qu'on va se battre contre le jihadistes ? Les chargeurs sont à moitié vides... En face, ils ont toutes les munitions qu'ils désirent."

Les témoignages recueillis par Le Monde vont dans le même sens qui dépeignent une armée clairement hors course. "Certains abandonnent. D’ailleurs, si ça continue comme ça, je préfère qu’on me radie, plutôt que d’aller mourir comme un chien", explique au Monde un certain Moussa. De fait, les abandons de poste, voire les désertions se multiplient. "Selon nos informations, plusieurs détachements militaires ont quitté leur poste dans le nord du pays, près de la frontière malienne, explique le journal. "Des policiers de la ville de Djibo ont préféré plier bagage face à la dégradation de la situation sécuritaire."

D’autant que la rémunération n’incite pas à prendre des risques. "Normalement, quand on part en mission on a droit à 500 FCFA (75 centimes d'euros) pour le matin, 500 pour le midi et 500 pour le soir. En réalité, on touche : zéro", explique le policier rencontré par l’AFP, avouant avoir souvent été ravitaillé en eau et rations par des soldats français à Djibo (nord).

Soutien français

Djibo qui selon certains est en train de devenir le "Kidal du Burkina", en référence à la ville malienne longtemps plaque tournante du jihadisme, aujourd’hui administrée de fait par les Touaregs.

Du coup, certains médias locaux imaginent que la France pourrait renforcer sa présence au Burkina. Officiellement, Barkhane n’est pas présente. Mais courant septembre, des renforts ont ainsi été temporairement positionnés à Djibo, pour soutenir l’armée locale. Grosse opération qui a fait penser à certains que Barkhane s’installait durablement. En fait, ce n’était qu’un soutien temporaire, selon l’Etat-Major français.

Manifestation des syndicats à Ouagadougou le 16 septembre 2019, afin de réclamer une politique efficace contre le terrorisme.
Manifestation des syndicats à Ouagadougou le 16 septembre 2019, afin de réclamer une politique efficace contre le terrorisme. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Il faut dire que la présence militaire française au Burkina est un sujet plus que sensible. C’est peu de dire que le pouvoir n’y est pas favorable. Comme l’explique notre confrère du Monde, "les autorités de Ouagadougou sont peu enclines à intensifier leur collaboration avec Paris, malgré les faiblesses criantes de leurs forces de sécurité".

Que peut donc faire la force du G5-Sahel, avec autant de trous dans le filet ? La participation du Burkina semble, dans ce contexte, plus symbolique qu’autre chose.

Vous êtes à nouveau en ligne