Botswana : les premiers permis de tuer des éléphants prêts à être délivrés en décembre 2019

Vue aérienne du cadavre d\'un éléphant tué avec 86 autres dans la région de Mababe au nord du Botswana (19 septembre 2018).
Vue aérienne du cadavre d'un éléphant tué avec 86 autres dans la région de Mababe au nord du Botswana (19 septembre 2018). (SIPHIWE SIBEKO /REUTERS)

C'est le président botswanais en personne qui a annoncé la distribution de permis de chasse commerciale aux éléphants dès le début du mois décembre. Une décision qui provoque la colère de nombreuses ONG de défense de la faune.

La secousse la plus forte a eu lieu au mois de mai 2019. C'est à ce moment-là que Mokgweetsi Masisi, réélu à la tête du Botswana le 23 octobre, a remis en cause de manière spectaculaire la décision de son prédécesseur. Ian Khama avait tout simplement choisi d'interdire la chasse aux éléphants sauvages.

"Nous espérons que le rétablissement de la chasse contribue de façon significative à la réduction des conflits entres humains et animaux en créant des populations viables et équilibrées", s'est une nouvelle fois justifié Mokgweetsi Masisi courant novembre. Le président botswanais estime que le développement incontrôlé des populations de pachydermes menace les moyens de subsistance, dont les récoltes, des populations locales.

Quelle solidité de l'embargo contre les ventes d'ivoire ?

Pour les ONG de protection de l'environnement et de la faune, le retour de la chasse représente un coup sur la tête. Elles, qui ont obtenu l'interdiction totale du commerce de l'ivoire pour protéger les éléphants du braconnage, s'alarment d'une forme de contournement de la directive. Et dénoncent l'inquiétante augmentation des braconnages d'éléphants en 2018 : +593% de carcasses de pachydermes par rapport à 2014, selon l'ONG américaine Eléphants sans frontières.

Et même si, en septembre, les pays d'Afrique australe ont vainement demandé la levée de l'embargo sur les ventes d'ivoire car, disent-ils, ils veulent financer la protection de leurs éléphants (sic), les associations de défense de ces grands mammifères se demandent si cet embargo tiendra dans la durée. 

L'impossible cohabitation entre les agriculteurs et les éléphants

Quant aux habitants, ils sont nombreux à se dire soulagés par l'autorisation de chasser de nouveau les éléphants, qui vivent en liberté au Botswana. Ils déplorent des morts dans leur famille ou leur voisinage, victimes du piétinement des pachydermes. D'autres se plaignent de la destruction de leurs cultures. La plupart d'entre eux regrettent que les éléphants ne soient plus confinés dans des réserves. Le droit de les tuer leur revient, estiment les paysans, comme le montre ce reportage de l'AFP.

Coincé entre la Zambie et l'Afrique du Sud, le Botswana (2,3 millions d'habitants en 2018), dont la superficie est proche de celle de la France, abrite environ 135 000 éléphants en liberté, soit un tiers de leur population africaine connue.

La richesse de sa faune a fait du pays un sanctuaire très prisé des amateurs de safaris haut de gamme, et le tourisme est le deuxième secteur porteur de l'économie du pays, après l'exploitation des diamants. Cependant, dès le début 2019, en plein débat pour le rétablissement de la chasse aux animaux sauvages, Dex Kotze, un homme d'affaires très impliqué dans la défense de la cause animale, notait que la légalisation de la chasse "pourrait faire des dégâts importants à l'industrie touristique du Botswana." "C'est fou !", concluait-il, incrédule.

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