Après les législatives en Tunisie: le risque d'un parlement émietté et d'un pays ingouvernable

Dans un bureau de vote à Tunis le 6 octobre 2019.
Dans un bureau de vote à Tunis le 6 octobre 2019. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

Le parti islamiste Ennahdha et celui du candidat populiste Kabil Karoui, actuellement en prison, ont chacun revendiqué la victoire aux législatives du 6 octobre 2019.

Deux partis rivaux, Ennahdha et la formation du finaliste à la présidentielle incarcéré Nabil Karoui, ont tous deux assuré être arrivé en tête des législatives du 6 octobre en Tunisie. Un scrutin qui devrait déboucher sur un Parlement fragmenté en de nombreux petits blocs.

Deux sondages publiés par des instituts tunisiens ont néanmoins estimé que le parti d'inspiration islamiste Ennahdha avait gagné le plus grand nombre de sièges, 40 sur 217 (17,5% des suffrages), contre 33 à 35 pour Cœur de la Tunisie, le parti du leader de Nessma TV, Nabil Karoui (15,6% des voix). Les deux formations, qui ont revendiqué leur victoire devant la presse sans donner de chiffre, avaient exclu toute alliance durant la campagne.

Les résultats préliminaires sont attendus le 9 octobre, a indiqué l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).

Si ces sondages se confirment, Ennahdha a encore perdu du terrain et la nouvelle assemblée s'annonce morcelée entre des partis hétéroclites peu enclins à négocier après une campagne à couteaux tirés. Quelque soit le gagnant, il lui sera difficile de rassembler une majorité. Et ce contrairement à 2014, lorsque le Parlement s'était retrouvé partagé entre un parti présenté comme "séculariste", Nidda Tounes, et Ennahdha, qui détenaient à eux deux une large majorité et s'étaient rapidement alliés.

Une participation électorale en très nette baisse

Si l'impossibilité de former une coalition de gouvernement se confirme, la Tunisie risque de devenir ingouvernable dans un contexte économique très dégradé.

Le parti arrivé en tête disposera de deux mois pour dégager une majorité de 109 voix au Parlement afin de former un gouvernement. Le futur président de la République, qui sera élu à l'issue du second tour de la présidentielle prévu le 13 octobre, n'intervient qu'en cas de blocage au terme de cette période.

"Les négociations prendront probablement des semaines", juge l'analyste politique Youssef Cherif, en évoquant le risque d'un nouveau scrutin si les députés ne parviennent pas à se mettre d'accord.

Une fois formé, le gouvernement aura la lourde tâche de relancer l'économie, faire diminuer le chômage et de résorber une dette très importante. Car si la menace terroriste n'est plus un sujet majeur, quatre ans après une série d'attentats meurtriers, la transition démocratique reste fragilisée par les difficultés sociales persistantes.

Selon l'ISIE, le taux de participation a atteint 41,3%, bien en deça des 68% de 2014. Un faible score qui témoigne d'un fort sentiment de frustration et de désillusion vis-à-vis de la politique. Le scrutin traduit aussi le rejet des élites actuelles, déjà exprimé au premier tour de la présidentielle le 15 septembre.

Tant Ennahdha que Cœur de la Tunisie ont fait de la lutte contre la pauvreté le thème phare de leur campagne. Interdit sous la présidence de Ben Ali, Ennahda a fortement lissé son image depuis la Révolution en prenant part aux coalitions de divers gouvernements.

Vous êtes à nouveau en ligne