Rwanda-RDC : les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi d'accord pour dépasser le passé

Le président rwandais, Paul Kagame, deuxième à partir de la droite au premier rang, et le président de RDC, Félix Tshisekedi, juste derrière lui au second rang, lors du sommet de l\'Union africaine, le 10 janvier 2019 à Addis Abeba.
Le président rwandais, Paul Kagame, deuxième à partir de la droite au premier rang, et le président de RDC, Félix Tshisekedi, juste derrière lui au second rang, lors du sommet de l'Union africaine, le 10 janvier 2019 à Addis Abeba. (MINASSE WONDIMU HAILU / ANADOLU AGENCY)

Le nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC) et son homologue rwandais veulent travailler ensemble à la fin de la violence le long de leur frontière commune.

La RDC, immense pays, riche en ressources naturelles, a été massivement déstabilisée par le génocide de 1994 au Rwanda, au cours duquel en cent jours, au moins 800 000 personnes, selon l'ONU, ont péri, essentiellement des membres de la minorité tutsie et des Hutus modérés.

Pour Tshisekedi, "nos pays resteront voisins pour toute la vie"

Les massacres avaient conduit des centaines de milliers de réfugiés hutus, génocidaires pour certains d'entre eux, à venir s'installer dans l'est de la RDC, alors appelée Zaïre, entraînant une série d'événements ayant débouché sur deux guerres en 1996-1997 et 1998-2003.

"Nos pays resteront voisins pour toute la vie et nous, nous ne sommes que des acteurs spontanés, nous passons à un moment donné (...). Donc se faire la guerre, entretenir des tensions inutiles, c'est une perte de temps. C'est une perte de temps que nous aurions pu mettre à profit pour bâtir, pour reconstruire", a déclaré Félix Tshisekedi à l'occasion de l'Africa CEO Forum des 25 et 26 mars 2019 à Kigali.

Le président congolais s'y exprimait devant un panel avec son homologue rwandais, Paul Kagame, qu'il avait déjà rencontré une première fois le 17 janvier 2019 à l'occasion du sommet de l'Union africaine à Addis Abeba.

"A propos des groupes armés (présents dans l'est de la RDC), il y a un constat : ce sont devenus aujourd'hui des petits groupes d'intérêts, d'intérêts mesquins bien sûr, ce ne sont plus des gens qui se battent pour une idéologie ou une raison stratégique quelconque", a poursuivi Félix Tshisekedi.

Kagame prêt à relever les défis d'une amélioration des relations

Il a ajouté que les autorités congolaises travaillaient avec leurs partenaires du développement à réintégrer ces groupes et à les décourager de poursuivre leurs activités. Parmi les nombreux groupes armés actifs dans l'est de la RDC figurent des groupes rebelles rwandais opposés au président Kagame, qui ont mené par le passé des attaques transfrontalières contre les forces armées rwandaises. Le Rwanda a par ailleurs été accusé, notamment par les Nations unies et des groupes de défense des droits de l'Homme, de mener des activités de contrebande depuis la RDC, ce que Kigali a toujours nié.

De son côté, Paul Kagame a déclaré qu'il souhaitait travailler à améliorer les relations bilatérales avec son voisin. "Mes problèmes au Rwanda sont au final les mêmes problèmes que ceux que rencontrent les gens en RDC et vice versa. Nous devons relever ces défis", a déclaré le président rwandais. "Félix Tshisekedi a pris des engagements envers le peuple de RDC et envers les peuples de la région. Nous devons le croire et tendre la main de la coopération, comme il le fait avec nous, et voir jusqu'où nous pouvons aller", a-t-il ajouté.

Le président de RDC au mémorial du génocide

En marge de cette visite dans la capitale rwandaise, le nouveau président de RDC en a profité pour faire un geste significatif, même s'il est diversement apprécié. Il s’est incliné le 25 mars devant le mémorial du génocide, une première dans les relations complexes entre les deux pays depuis 1994. "SE Félix Tshisekedi dépose une gerbe de fleurs au mémorial du génocide de Kigali", indique le commentaire d'une photo postée sur le compte Twitter du Kigali memorial genocide, quinze jours avant les commémorations du 25e anniversaire du déclenchement du génocide le 7 avril.

"A quand des mémoriaux et une commémoration officielle (pour les) millions de morts congolais, depuis Léopold II jusqu'aux guerres et violences de ces 25 dernières années ?", s'est toutefois interrogé le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Lancé par des étudiants et des intellectuels de l'est de la RDC, Lucha estime cependant que le président congolais honore "à juste titre" la mémoire des victimes du génocide des Tutsis.

Le geste de M. Tshisekedi a malgré tout suscité la colère de plusieurs internautes congolais, qui accusent le Rwanda d'être à l'origine des millions de morts dans l'est du Congo entre 1996 et 2003, ou de piller des minerais rares au Kivu. "Une honte historique pour les dirigeants congolais. Le Rwanda a violé la souveraineté de la RDC. Comment un Congolais peut-il aller s'incliner au Rwanda, un pays qui a commis des graves crimes contre l'humanité ? A ce jour, Kagame refuse d'accepter ses crimes en RDC, c'est grave", résume l'un d'eux.

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