Présidentielle en Algérie : le dernier jour de campagne de Bouteflika, sans Bouteflika

A Alger, lors du dernier meeting pour le candidat Abdelaziz Bouteflika, le 13 avril 2014.
A Alger, lors du dernier meeting pour le candidat Abdelaziz Bouteflika, le 13 avril 2014. (FAROUK BATICHE / AFP)

Le président algérien brigue un quatrième mandat. Malade, il n'est pas apparu en public depuis près de deux ans, mais il est pourtant le grand favori.

A Alger, Abdelaziz Bouteflika est partout. On ne voit presque plus que lui. Son visage apaisé et le slogan "Notre serment pour l'avenir" couvrent par centaines les murs, les abribus, les façades d'immeubles sur des dizaines de mètres et même les camions. Juste avant l'élection présidentielle du 17 avril, le président algérien sortant envahit aussi journaux et conversations.

Ce dimanche 13 avril, son nom est aussi sur les casquettes blanches qui tapissent la foule des militants venus assister à son dernier grand meeting. L'apothéose de la campagne avant une réélection annoncée. Mais sous les casquettes, des questions tournent en boucle : viendra ou viendra pas ? Parlera-t-il les yeux dans les yeux à ses électeurs ?

Car Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, est malade. Un AVC l'a retenu 80 jours en France en 2013 et il n'est pas apparu en public depuis près de deux ans. Seuls signes de vie : de rares passages à la télévision lors desquels il n'est pas toujours très audible. Ainsi, samedi 12 avril, il a accusé son principal adversaire et ancien Premier ministre, Ali Benflis, qui ne cesse de dénoncer les risques de fraude, de faire du "terrorisme à travers la télévision". Terrorisme : une accusation très grave dans un pays marqué par dix ans de guerre civile. 

"Nous, on n'a pas de problèmes"

Mais ce n'est pas vraiment ce que les militants du dernier jour de la campagne ont en tête. Beaucoup n'ont même pas entendu parler de ces attaques. Venus de toutes les wilayas (régions), ils sont partis la veille pour gagner Alger en traversant un pays grand comme quatre fois la France et n'ont pas vu la télévision.

Ainsi, Hamid, la vingtaine, arrive de Béchar, dans l'ouest. Devant les dizaines de cars, la fleur au bout de la guitare, il entonne une chanson supposée "porter chance". Il dit qu'il n'est pas un "militant engagé". Mais il a profité du déplacement de son association de jeunes pour venir car "Bouteflika aime le peuple et il n'y a pas d'alternative".

Sur le parking, devant la salle de La Coupole, à Alger, peu avant le meeting pour Abdelaziz Bouteflika, le 13 avril 2014.
Sur le parking, devant la salle de La Coupole, à Alger, peu avant le meeting pour Abdelaziz Bouteflika, le 13 avril 2014. (GAEL COGNE / FRANCETV INFO)

"J'espère qu'il va rester au pouvoir le temps qu'il veut et que Dieu le préserve. Personne n'a fait autant de bien à ce pays que lui", abonde, un peu plus loin, Mohamed, veste en cuir. Ce trentenaire a bénéficié d'un prêt d'Etat (destiné aux jeunes) pour monter sa petite entreprise de transport de personnes. "Bouteflika nous a tout apporté : le logement, une Toyota. Avant, l'argent du pétrole, ils en faisaient quoi (les dirigeants précédents) ? Maintenant, on en profite et il reste encore du pétrole", vante le jeune homme qui fait partie de l'organisation. Comme des syndicats, associations ou structures locales, il a mobilisé des jeunes de sa ville, Mostaganem (ouest d'Alger), pour les convoyer en car jusqu'au meeting. Mi-curieux, mi-amusés, les nombreux jeunes viennent autant pour participer à la fête et profiter d'une sortie que pour écouter et voir leurs dirigeants.

"Un monsieur à qui on fait confiance"

En arrivant, par milliers, ils quittent les cars en chantant et affluent vers la salle de La Coupole, surmontée d'un dirigeable à l'effigie du président. Parmi eux, un passant s'approche, agressif, s'agaçant de la présence d'un journaliste étranger : "Laissez-nous tranquilles, occupez-vous de la Syrie et de la Palestine ! Nous, ici, on n'a pas de problèmes !"

Comme lui, les partisans vantent la paix et "la stabilité" retrouvée en Algérie. Elu pour la première fois en 1999, Abdelaziz Bouteflika a accompagné son pays dans la sortie de la "décennie noire" du terrorisme islamiste, responsable de 100 000 à 200 000 morts. Quant aux Printemps arabes, ils sont regardés avec défiance, perçus comme une aventure hasardeuse. Finalement, Bouteflika, "c'est un monsieur à qui on fait confiance, c'est un moudjahid (résistant), il a donné la paix à l'Algérie. On demande une continuation", explique Bayce Aït Ouares, 57 ans, militante au FLN, entourée d'un groupe de femmes aux couleurs du président, tandis qu'une autre passe en scandant : "Bouteflika Raïs-na" ("Bouteflika, notre président").

Bouteflika est trop "occupé"

Sa santé vacillante ? La militante préfère dire qu'il "est occupé" et évoquer toute l'affection qu'elle lui porte. D'ailleurs, s'il est malade, c'est qu'il "a perdu sa santé à cause de l'Algérie""Ce n'est pas un problème", poursuit un ancien militaire en montrant son dos : "J'ai reçu deux balles et je me suis remis. Lui aussi, il va se rétablir". Faïza, étudiante, trouve que "ce n'est pas parce qu'il est malade qu'on doit le laisser tomber".

Dans la salle pouvant accueillir 15 000 personnes, c'est la fête. Musique à fond, danse, percussions. On se croirait plus dans un stade de foot qu'à un meeting, avec ces supporters agitant pancartes et drapeaux, tout en chantant pour Bouteflika.

Au meeting pour la réélection du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à Alger, le 13 avril 2014.
Au meeting pour la réélection du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à Alger, le 13 avril 2014. (FAROUK BATICHE / AFP)

Mais toujours pas de trace du président-candidat. Encore une fois, c'est l'un de ses lieutenants, l'ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, devenu le temps de la campagne son principal porte-parole, qui s'exprime. Il brosse le programme et, surtout, rappelle, doigt pointé vers le ciel devant la salle en liesse, que s'il venait à l'idée de l'opposant Ali Benflis de contester les résultats, "nous avons une armée puissante et des services de sécurité forts, personne ne pourra nous déstabiliser". Quinze petites minutes de discours et puis s'en va. Un meeting express, expédié, comme pour en finir avec une campagne décevante, menée par procuration jusqu'au bout.

Prix Nobel de la paix

A la sortie, Mohamed, 30 ans, psychologue, est un peu "déçu". Un responsable politique lui avait confié la veille dans un couloir de la télévision nationale qu'Abdelaziz Bouteflika serait bien là. Aziz aussi, s'attendait à ce que Bouteflika vienne : "c'est pour ça que je suis venu. Je voulais voir la vérité : est-ce que Bouteflika est malade ou pas ?"

Mais la majorité des partisans ne se sont pas départis de leur sourire, malgré les heures de route. Lashab Bouchentouf, retraité, arrivé de Mascara (ouest) à 5 heures du matin, est "très satisfait". Il ne s'en fait pas pour le président, "il a toute sa tête". Il couvre de louanges le chef de l'Etat qui "mériterait le prix Nobel de la paix, parce qu'il trouve toujours des solutions entre les gens".

Des jeunes partisans d\'Abdelaziz Bouteflika montrent leur badge et leurs cartes d\'électeurs après le dernier meeting en faveur du président-candidat, dimanche 13 avril. Ils assurent qu\'ils iront voter.
Des jeunes partisans d'Abdelaziz Bouteflika montrent leur badge et leurs cartes d'électeurs après le dernier meeting en faveur du président-candidat, dimanche 13 avril. Ils assurent qu'ils iront voter. (GAEL COGNE / FRANCETV INFO)

Un groupe de jeunes Algérois tend l'oreille et plaisante : le président "il a bon coeur, mais c'est un arnaqueurC'est un président fantôme, un président virtuel". Pourtant, ils s'empressent de préciser qu'ils voteront tous pour Bouteflika en montrant leurs cartes d'électeurs : "Les autres, s'ils viennent, ils vont tout bouffer et puis on a la paix. C'est tout ce qu'on veut".

Finalement, loin des bains de foule, c'est encore par écran interposé qu'apparaît Abdelaziz Bouteflika, dans la soirée. Face au médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, il a dénoncé des "appels à la fitna (dissension), à l'intervention étrangère et des menaces. (...) C'est cela la démocratie ?" 

Vous êtes à nouveau en ligne