Manifestations en Algérie : et la France dans tout ça?

Rencontre entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, à Alger le 6 décembre 2017.
Rencontre entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, à Alger le 6 décembre 2017. (DMITRY ASTAKHOV / APS)

Pour l’instant, la France a peu réagi aux manifestations en Algérie contre la 5e candidature du président sortant Abdelaziz Bouteflika. "L’Elysée s’est naturellement abstenu de (les) commenter publiquement", observe "Libération" tandis que "du fait d’un passé colonial toujours à vif (…), la France est sans doute la plus mal placée", analyse "L’Opinion".

"En cas de manifestation, il est rappelé qu’il convient de se tenir à l’écart des cortèges et rassemblements de foule et de suivre les consignes de sécurité des autorités locales et l’ensemble des recommandations de ce site", explique le Quai d’Orsay à propos de la crise algérienne. Il s’agit évidemment là de conseils pratiques de bon sens. Mais l’on a connu des réactions plus politiques, que l’on cherche en vain sur le site internet du ministère français des Affaires étrangères...

L’Algérie, le cauchemar de Macron, titrait le 25 février 2019 le site français de l’agence officielle russe Sputnik, reprenant un article (signé par le journaliste Vincent Jauvert) avec le même titre publié la veille dans L’Obs. "Le cauchemar du président de la République, c'est l'Algérie. C'était aussi celui de ses prédécesseurs. Les plus hautes autorités de l'Etat sont terrifiées par la perspective d'une grave déstabilisation de notre ancienne colonie après la mort de Bouteflika (président depuis 1999)", affirme dans l’hebdomadaire "un haut responsable français" qui n’est pas nommé.

Risque d’une immigration "massive" ?

Une confidence, précise L’Obs, qui "date de plusieurs jours avant les manifestations de la jeunesse algérienne contre un cinquième mandat du président grabataire". Conséquence : avec ces manifestations, "l’Algérie est plus que jamais le numéro un des préoccupations de l’Elysée". Lequel redouterait ainsi "les conséquences d’une déstabilisation de ce pays", observe Le Parisien.

"Paris craint surtout qu’une crise politique ne pousse la jeunesse à l’immigration, comme en Tunisie après la mort de Ben Ali. S’agissant de l’Algérie, dont la moitié des 40 millions d’habitants a moins de 20 ans, le phénomène pourrait être massif", analyse Libération. En visite à Alger en décembre 2017, "Emmanuel Macron avait pu vérifier que le franchissement de la Méditerranée restait l’une des principales préoccupations des jeunes Algériens".

La question du terrorisme

Pour l’universitaire Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb contemporain et président du musée national de l’Histoire de l’immigration, interviewé le 26 février sur France Inter, parler d’un cauchemar pour Emmanuel Macron avec la question migratoire relève "un peu (du) fake news (…) repris par Sputnik"

Pour lui, le président Emmanuel Macron est confronté à une "équation impossible entre, d'une part, être dans un mouvement démocratique de soutien à la jeunesse algérienne, qui serait peut-être sa tentation naturelle, (...) (et d'autre part) la question du terrorisme (...), et la question de la guerre au Mali, dans laquelle la France est engagée".

"L’Algérie a la plus grande frontière saharienne avec l’Afrique subsaharienne et la plus grande frontière méditerranéenne avec l’Europe (1400 km de frontière, c’est gigantesque !). C’est une armée stationnée sur ces deux frontières", poursuit l’universitaire. "Les militaires et les services de renseignement algériens sont d’actifs partenaires des Français dans la lutte contre le terrorisme", complète Le Parisien. Conclusion du quotidien : "Le désordre (en Algérie) compliquerait la situation des forces engagées dans l’opération Barkhane au Sahel contre les insurgés islamistes."

Autre conséquence de la crise algérienne évoquée en France : celle d’une menace économique "puisque l’Algérie est l’un de nos principaux fournisseurs d’énergie (10% du gaz naturel importé)", dixit Libération.

"Une déstabilisation de l’Algérie ouvrirait la voie à une sorte d’inconnue politique. Ce qui, par conséquent, se traduit par des hésitations, des silences et des observations très précises" du côté du pouvoir français, estime Benjamin Stora. Et d’ajouter : "Je ne crois pas qu’il y ait de panique, comme on le dit très souvent."

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