"L’Algérien n’est pas près de rentrer chez lui" : à Paris, l'après-Bouteflika s'exprime avec méfiance et distance

Un drapeau algérien lors d\'une manifestion à Paris contre le cinquième mandat du président Bouteflika, le 10 mars 2019 (illustration).
Un drapeau algérien lors d'une manifestion à Paris contre le cinquième mandat du président Bouteflika, le 10 mars 2019 (illustration). (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Des Français d'origine algérienne témoignent à franceinfo de leur prudence, après la démission, mardi, du président Abdelaziz Bouteflika.  

"Ce n’est pas un jour de fête. C'est un jour de délivrance, mais pas totale", confie Karim, dans son restaurant du nord de Paris. La démission mardi 3 avril du président de l'Algérie Abdelaziz Bouteflika n'est pas au menu des discussions avec les employés, les clients. Leur réaction est encore plus contenue que celle, déjà peu démonstrative, des habitants d'Alger

>>DIRECT. Après le départ de Bouteflika, les Algériens veulent chasser le "système" au pouvoir

"Je suis à moitié content", poursuit le gérant du commerce, boulevard Barbès. L'écran dans le restaurant passe en boucle des clips vidéo, mais pas les quelques scènes de joie dans les rues de la capitale algérienne. Karim espérait le départ du président algérien, mais il ne le savoure pas complètement. "Ce n’est pas historique, c’est juste le commencement. Il faut tout reconstruire, tout repenser, tout refaire", dit-il. L’inquiétude prend largement le pas sur la satisfaction.

C’est une grosse victoire de la rue, mais les mêmes personnes, les mêmes gens qui gouvernaient sont toujours derrière. La moitié du système reste, le noyau dur, dans l’ombre.Gérant d'un restaurant à Parisà franceinfo

"Les gens ne les connaissent même pas, affirme-t-il. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangés. Il faut des élections mais avec les bons acteurs, pas des figurants."

Dans le restaurant, plusieurs étudiants parlent de la mobilisation des jeunes qu'ils ont suivie avec leur smartphone, chaque vendredi, à Alger. "Vous allez dire qu’on voit les choses de loin, mais ça nous fait vraiment chaud au cœur", assure Samir, 23 ans.

C’est la jeunesse qui va être l’avenir de l’Algérie, reprendre les rênes, qui va devoir introduire le pays au plan mondial.Samir, étudiant à Parisà franceinfo

"Ce n’est pas une page qui est définitivement écrite. On ne voit encore aucun changement", tempère le jeune homme. Son voisin compare les épisodes à une compétition sportive : "Vous êtes content parce que vous avez gagné des matchs de poule, mais vous n'avez pas encore gagné la Coupe du monde."

"Donc, prévient Karim, l’Algérien n’est pas près de rentrer chez lui. Il veut qu’on rende des comptes." Les manifestations, assure-t-il, vont continuer. Celles du vendredi, qui se succèdent depuis le 22 février. 

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