Élection présidentielle en Algérie : "Il n'y aura pas de retrait de la candidature" d'Abdelaziz Bouteflika, affirme un politologue

Une nouvelle manifestation, le 1er mars 2019, a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Alger.
Une nouvelle manifestation, le 1er mars 2019, a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Alger. (RYAD KRAMDI / AFP)

En revanche, les manifestations en cours en Algérie auront "très certainement un effet sur la modification du cinquième mandat", précise Naoufel Brahimi El Mili, invité de franceinfo vendredi.

Une marée humaine a déferlé, vendredi 1er mars, dans les rues d’Alger. Des dizaines de milliers d’Algériens ont à nouveau manifesté contre la perspective d'un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Une mobilisation massive, alors que l’actuel chef de l’État, invisible depuis novembre, doit officialiser dimanche sa candidature à l'élection présidentielle. Naoufel Brahimi El Mili - auteur, politologue et enseignant à Sciences Po Paris - estime vendredi sur franceinfo qu'Abdelaziz Bouteflika ne retirera pas sa candidature.

franceinfo : C’est un moment fort que vit l’Algérie. Avez-vous souvenir de journées comme celle-ci ?

Naoufel Brahimi El Mili : Je n’ai pas le souvenir de marches aussi pacifiques et enthousiastes. Sauf, peut-être, dans les archives de l’indépendance où on peut retrouver le même enthousiasme. C’est un tournant, un sursaut. Le pouvoir ne peut qu’en tenir compte. Seulement, il en tiendra compte à sa façon. Le pouvoir actuel qui dit, et à juste titre, avoir tenu sept années devant les terroristes pouvoir tenir sept vendredis devant des pacifistes. Ce n’est qu’après la réélection du candidat sortant que les négociations et la recherche de consensus pourront commencer.

Pour vous, cette mobilisation n’aura pas d'effet sur une candidature d’Abdelaziz Bouteflika ?

Sur la candidature, non. Mais elle aura très certainement un effet sur la modification du cinquième mandat. Pour ce qui est de la candidature, il n’y aura pas de retrait, je ne l’envisage pas. Je ne vois pas le pouvoir faire marche arrière. La rue a choisi une voie pacifiste, et heureusement. Le dispositif sécuritaire, qui a tenu pendant sept années de terrorisme, de déferlante islamiste et de barbarie, peut très bien tenir sept vendredis devant des jeunes et une population pacifique.

Rappelons que la candidature d’Abdelaziz Bouteflika se fait par défaut. Il n’y a pas de consensus sur une succession. C’est-à-dire qu’il ne peut pas servir de fusible même si la mobilisation se poursuit ?

Non seulement il ne peut pas servir de fusible, mais au sein du clan au pouvoir, il est le plus petit dénominateur commun. Il fait consensus au sein des partis du pouvoir, de la principale centrale syndicale et des mouvements de masses. Ce qui peut changer dans le système actuel, c’est la constitution et le fait de trouver un vice-président plus consensuel et plus jeune. Selon les normes algériennes, ce serait donc une personne entre 60, 65 ans. De là, il faudra chercher un consensus et réfléchir à un projet de société pour des jeunes. Jusqu’à présent, les jeunes n’ont eu que des programmes avec une redistribution un peu capricieuse. C’est toute l’Algérie qui manifeste. L’impulsion, ce sont les jeunes via les réseaux sociaux. Les organisateurs et les forces de l’ordre ne donnent pas de chiffres précis, mais selon les projections, deux millions de personnes auraient manifesté à travers le pays.

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