"Dire qu'on annule la présidentielle, c'est anticonstitutionnel" dénonce l'ancien Premier ministre algérien Ali Benflis

Ali Benflis, le 20 février à Alger.
Ali Benflis, le 20 février à Alger. (RYAD KRAMDI / AFP)

Ali Benflis estime sur franceinfo que la décision d'Abdelaziz Bouteflika de ne pas briguer un cinquième mandat est "une victoire au goût d'inachevé". Il pointe "les forces extraconstitutionnelles" qui sont à l'œuvre, selon lui.

Dans un message à la nation, relayé lundi 11 mars par l'agence de presse officielle Algérie Presse Service (APS), Abdelaziz Bouteflika a renoncé à un cinquième mandat à la tête de l'Algérie. Le président a également annoncé le report de l'élection présidentielle qui devait se tenir le 18 avril.

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"Dire qu'on annule la présidentielle, c'est anticonstitutionnel", a réagi sur franceinfo Ali Benflis, ancien Premier ministre, principal adversaire d’Abdelaziz Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014.

franceinfo : Quelle a été votre réaction après l'annonce de retrait d'Abdelaziz Bouteflika ?

Ali Benflis : C'est une victoire du peuple algérien, mais en demi-teinte. Une victoire au goût d'inachevé. On veut faire croire au bon pacha et au mauvais vizir. Le pays est géré par la fraude de toute sorte et par la ruse. Nous vivons le paradoxe d'un pays au bord de l'explosion qui espère voir la lumière du jour. D'un côté, des pyromanes prêts à mettre le feu au pays pour assurer la survie d'un régime condamné et de l'autre, un peuple qui a décidé de reprendre son destin en main. Vous avez, d'un côté, l'obstination obsessionnelle d'un régime autoritaire archaïque à se maintenir au pouvoir pour préserver les avantages des clans et de leur clientèle, de l'autre c'est la détermination d'un peuple en marche à s'affranchir de l'autoritarisme. Le divorce entre le pouvoir politique en place et le peuple est définitivement consommé.

Comment voyez-vous la prolongation de 4e mandat et le report de l'élection ?

Il n'a pas le droit de renvoyer l'élection de lui-même. Dire qu'on annule la présidentielle, c'est anticonstitutionnel parce qu'elle ne peut être renvoyée qu'en cas de guerre. Abdelaziz Bouteflika, c'est le patron, le pacha ; ceux qui sont derrière lui sont les forces extraconstitutionnelles, c'est-à-dire ceux qui veulent gouverner le pays en dehors de la Constitution. Ce sont les proches, l'entourage, mais surtout ceux qui ont bénéficié de l'argent sale, des marchés publics. Ce sont des milliards et des milliards. De grands projets souvent inachevés ou mal faits et dont les bénéficiaires sont toujours quatre ou cinq personnes dans l'entourage du président. Ce sont des chaînes privées à leur disposition et quelques institutions d'Etat entraînées dans le soutien d'un président absent, qu'on ne voit pas. Cela va faire sept ans que le président ne s'est pas adressé à la population.

Comment va réagir la population ?

Le peuple est conscient. Je suis certain que cette situation explosive, qui reste calme et pacifique, ne s'arrêtera pas. Les gens ne sont pas dupes. Ils en ont marre. Voilà un président qui tient le pays en otage pendant 20 ans, qui avait à sa disposition 1 000 milliards de dollars, et rien n'est fait.

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