"Ça va encore attiser la colère" : à Paris, le retour d'Abdelaziz Bouteflika en Algérie divise les manifestants

A Paris, plus de 10 000 personnes ont manifesté, dimanche 10 mars, contre la candidature du président algérien Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat.
A Paris, plus de 10 000 personnes ont manifesté, dimanche 10 mars, contre la candidature du président algérien Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. (MAXPPP)

Plus de 10 000 personnes ont manifesté à Paris, dimanche, contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat à la tête de l'Algérie. Son retour à Alger divise les manifestants sur les conséquences pour le mouvement.

Est-ce un coup d'arrêt pour le mouvement de protestation ou une braise supplémentaire sur le feu de la contestation ? Dans les rues de Paris, dimanche 11 mars, l'annonce du retour d'Abdelaziz Bouteflika à Alger a divisé les manifestants venus se mobiliser contre un cinquième mandat du président algérien. Après deux semaines d'hospitalisation à Genève, le président au pouvoir depuis 20 ans est officiellement rentré chez lui. 

Pour Titem, le retour du président "ne changera rien". Elle est convaincue que la protestation est déjà trop lancée pour être stoppée : "Rien ne peut arrêter un peuple pour qui l'heure est venue de se libérer", affirme-t-elle. Au contraire, Kahina est convaincue que cela peut constituer un tournant dans la mobilisation. "Ça va encore attiser la colère", assure cette femme qui est en France depuis dix ans. "Derrière tous ces sourires et tous ces chants, il y a une inquiétude profonde." Une inquiétude et des questions : "Est ce qu'ils vont écouter la rue ? Est-ce qu'il va retirer sa candidature ? Est-ce que les élections vont être reportées ? C'est vraiment le grand point d'interrogation."

La crainte d'un basculement vers la violence

Pour certains Algériens qui vivent en France, le retour d'Abdelaziz Bouteflika pourrait faire basculer le mouvement de protestation dans la violence. "Durant les trois premières manifestations, les gens n'ont pas insisté pour aller jusqu'au palais présidentiel. On peut craindre que son retour puisse pousser les manifestants à aller jusqu'à la présidence", explique Tahar.

Je pense que la réaction des forces de l'ordre peut être un peu plus violente.Tahar, manifestant algérienà France Inter

Zinedine craint lui aussi que le ton se durcisse parce que les manifestants sont, d'après lui, très déterminés. "J'espère juste qu'il n'y aura pas de morts", explique-t-il. "On ne va pas prendre les armes mais on va aller jusqu'à eux, jusqu'à ce qu'ils marchent sur nos corps, y compris ici, en France." Selon les manifestants, renoncer au cinquième mandat ne suffira pas, c'est tout le système politique qu'il faut changer.

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