"Aujourd'hui plus que jamais, le pays a besoin de nous" : en Algérie, des étudiants sont moins tentés par un départ à l'étranger

Une manifestation de jeunes contre le président Bouteflika à Oran, en Algérie, le 5 mars 2019.
Une manifestation de jeunes contre le président Bouteflika à Oran, en Algérie, le 5 mars 2019. (- / AFP)

L'espoir du changement dans le pays leur fait espérer un avenir meilleur.

L'Algérie va vivre le 29 mars un sixième vendredi de manifestations contre le président Abdelaziz Bouteflika. Des milliers de personnes sont une nouvelle fois attendues dans les rues d’Alger, mais aussi dans d'autres villes pays. Parmi les manifestants, on comptera encore beaucoup de jeunes comme depuis le début du mouvement. L’espoir du changement en Algérie leur fait croire à un avenir meilleur. Parmi ceux qui voulaient quitter le pays, beaucoup ont maintenant choisi de rester.

Le reportage de Kahina Nazir
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À la faculté d'Alger, les étudiants n'ont connu qu'Abdelaziz Bouteflika comme président, et avec lui, disent-ils, la perspective d’un avenir précaire et de manque de liberté. Mais depuis cinq semaines, tout a changé. Hichem, 23 ans, avait tout préparé pour venir étudier en France. "J'ai préparé mon dossier, j'ai passé le Delf [Diplôme d'études en langue française] et maintenant je trouve que je l'ai passé inutilement, car maintenant j'ai envie de rester, explique le jeune homme. Aujourd'hui plus que jamais, le pays a besoin de nous. C'est un devoir national de rester, de protéger le pays, et de le faire évoluer. En restant ici, je pourrais contribuer à l'évolution de mon pays. C'est une occasion, cette révolution."

On a ouvert les yeux, et on voit qu'il y a un potentiel réel de rester ici. Même si les choses ne changent pas totalement comme on le souhaite, ça vaut le coup de rester.Hichemà franceinfo

Karima, 19 ans, a elle aussi pensé à quitter l'Algérie. Elle souhaitait aller à l’étranger pour laisser libre cours à sa créativité. Mais partir n’est plus d’actualité pour cette future architecte. "À l'extérieur, quand on exerce le métier, on le fait avec plus de finesse, de liberté, raconte l'étudiante. Ici, on est canalisés par beaucoup de choses. Mais là, avec le mouvement, je me dis qu'au contraire c'est une opportunité. Donc si à la fin on a gain de cause, c'est une expérience inouïe de pratiquer le métier ici, et de construire son pays. Cela ouvre des portes à un bel espoir."

Mais Hamza, lui, ne veut pas attendre car même si le peuple obtient le changement cela prendra du temps. À Raïs Hamidou, sur la côte ouest d’Alger, le jeune homme assis sur un rocher regarde la Méditerranée. Dix jeunes gens de sa commune sont morts l’année dernière, des "harragas", des brûleurs de frontières qui ont tenté la traversée pour trouver un avenir meilleur en Europe. "Le plus âgé, il n’avait que 15 ans... Que Dieu les garde." Hamza a essayé deux fois. Il prépare sa troisième tentative. "Il n'y a que du chômage ici. J’ai 26 ans, je n’ai pas de boulot, pas d’argent, rien, je n’ai pas d’espoir. On va se débrouiller. Acheter du matériel, de l’essence, et salam alikoum !" Si la mer le permet, il partira dans quelques semaines, avant le début du ramadan, et sans regret, jure-t-il.

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