Crise en Algérie : un pays malade de sa caste dirigeante et de son pétrole

Les Algériens manifestent chaque vendredi depuis 2 mois contre le régime incarné par le président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika. Photo prise le 10 avril 2019 devant la grande poste d\'Alger.
Les Algériens manifestent chaque vendredi depuis 2 mois contre le régime incarné par le président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika. Photo prise le 10 avril 2019 devant la grande poste d'Alger. (FAROUK BATICHE / ANADOLU AGENCY)

L’Algérie est un pays fragile, soumis aux aléas du prix des hydrocarbures dont il dépend à 95% pour ses exportations. Avec son économie largement étatisée, le pays ne peut espérer résorber le chômage qui touche 29% des moins de 25 ans. Il doit trouver un nouveau modèle.

Première économie du Maghreb, l’Algérie est parvenue, grâce aux prix élevés de son pétrole et de son gaz, à faire reculer la pauvreté de 20% entre 1990 et 2010 et à faire progresser de près de 17 ans l’espérance de vie à la naissance. Des avancées sociales mises à mal depuis 2010, par la baisse du prix du pétrole.

Le boom pétrolier a aussi permis d’investir massivement dans les infrastructures (routes, barrages) et d'améliorer la scolarisation primaire et universitaire. 97% des enfants sont aujourd'hui scolarisés, même si la qualité de l’éducation dispensée n’est pas à la hauteur, puisque le pays se classe 71e sur 72 dans l’étude PISA de 2015, qui mesure les compétences des jeunes de 15 ans.

Mais l’Algérie aurait pu faire beaucoup mieux, sans la corruption à tous les étages de l’administration et la prédation organisée par une petite caste au pouvoir. Malgré la richesse du pays, le chômage touche toujours plus de 11% de la population et 29% des jeunes.

Pour le réduire, l'Algérie a besoin d'une croissance annuelle de 6% à 7%. On en est loin, s’inquiète la Banque mondiale qui a abaissé ses prévisions de croissance pour le pays de 2,5 à 1,5%, en 2019. L’institution de Bretton Woods dit également s’attendre à une aggravation du déficit budgétaire qui devrait atteindre 8,5% du PIB en 2019. Déficit financé ces dernières années par la planche à billets mise à l'œuvre par la Banque centrale à la demande des autorités.

L’économie algérienne suit les aléas des prix du pétrole et du gaz. "Tout retournement des tendances mondiales du prix des hydrocarbures compliquera la situation économique et la réduction des déficits", affirme Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour la région.

Gaz et corruption à tous les étages

Comme pour le Venezuela, les rentes gazière et pétrolière ont servi à distribuer des subventions, que cela soit pour le logement, l’essence ou la farine, afin d’assurer la paix sociale au pouvoir politique en place. Mais quand la conjoncture se retourne, l’Etat croule sous la dette et ne maîtrise plus l'inflation (comme dans la crise vénézuelienne). Et par ailleurs, la manne pétrolière enrichit en priorité les dirigeants du pays.

La Sonatrach, le géant public des hydrocarbures, a été secouée ces dernières années par une série de scandales financiers. Depuis la démission le 2 avril 2019 du président Abdelaziz Bouteflika, la justice a ouvert une série d’enquêtes contre plusieurs hommes d'affaires liés à l'ancien clan présidentiel et à cette entreprise publique, au cœur de l'économie algérienne.

Malédiction des matières premières

Par le hasard de la géologie, l’Algérie se retrouve assise sur une rente, et au lieu d’en faire bon usage pour diversifier l’économie, les différents gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance ont dilapidé cette manne, qui ne sera pourtant pas éternelle. Il faut dire que les élites au pouvoir sont les premières à tirer avantage de cette situation.

Mais quand le prix de l’or noir est divisé par deux, comme il l’a été il y a quelques années, c’est la panique, car il n’y a pas d’autres secteurs économiques pour prendre la relève.

La jeunesse algérienne, souvent au chômage, ne supporte plus ce système rentier, où ce sont toujours les mêmes qui captent le pouvoir et la manne financière. "L’impunité longtemps assurée aux chefs prédateurs a fini d’achever définitivement la confiance entre une société désenchantée et des dirigeants politiques et économiques disqualifiés", affirme le quotidien algérien El Watan.

La dernière élection un tant soit peu ouverte avait vu la victoire des islamistes du FIS en juin 1990, avant que l'armée ne reprenne la situation en main. De quoi figer un pays déjà tétanisé politiquement et économiquement. Le "printemps politique" en cours pourrait permettre à l'Algérie de sortir de son impasse.

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