Algérie : manifestation en Kabylie contre la répression du Hirak malgré le coronavirus

Manifestation à Tizi  Ouzou, le 8 décembre 2019.
Manifestation à Tizi  Ouzou, le 8 décembre 2019. (RYAD KRAMDI / AFP)

Ce rassemblement antirégime est le premier de cette ampleur depuis la suspension du Hirak. Les manifestants portaient des masques de protection. 

Une manifestation s'est déroulée le 10 mai 2020, malgré la pandémie de Covid-19, près de Tizi-Ouzou en Kabylie (nord-est de l'Algérie), pour dénoncer la convocation par la police de jeunes activistes du mouvement de contestation populaire (Hirak), selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Ce rassemblement antirégime est le premier de cette ampleur à avoir lieu et à être relayé depuis la suspension du Hirak, mouvement qui a ébranlé le pays pendant plus d'un an. Toute forme de rassemblement est interdite depuis mi-mars en raison de la crise sanitaire, qu'elle soit politique, religieuse, culturelle ou sportive, épidémie oblige.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent quelques centaines de personnes en train de défiler dans la commune rurale de Tizi Gheniff, près de Tizi-Ouzou, à l'est d'Alger.

Intimidation

Il s'agit d'un "rassemblement de soutien aux cinq jeunes activistes convoqués au commissariat", a écrit, sans autres détails, sur sa page Facebook, le député local du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition), Mohamed Cherif Fahem, qui a pris part à la mobilisation.

Les manifestants, qui scandaient les slogans habituels du Hirak, "Etat civil et non militaire", "Algérie libre et démocratique", portaient pour nombre d'entre eux des masques de protection contre le virus. "Le pouvoir profite de la crise pour intimider les gens et convoquer les activistes dans l'espoir de faire avorter le Hirak. Le pouvoir pense à sa survie et non à la survie des Algériens", a déclaré le député de l'opposition dans une vidéo également diffusée sur les réseaux sociaux.

Répression

Depuis le début de l'épidémie début mars et l'arrêt forcé des manifestations du Hirak, citoyens et organisations de défense des droits humains dénoncent la répression qui s'abat, malgré les risques sanitaires, contre les opposants politiques, des journalistes et médias indépendants, mais aussi contre de jeunes internautes qui postent leurs opinions sur Facebook.

C'est le retour à l'ordre de fer, le même qui, dans les années 1970, imposait à toutes les Algériennes et tous les Algériens de la boucler et de filer droitAkram Belkaïd, chroniqueurLe Quotidien d'Oran

L'Algérie a officiellement enregistré à ce jour plus de 5 723 cas de contamination et 502 décès dus au Covid-19.

La pandémie est du pain bénit pour le pouvoir en place qui bénéficie d'une chance insolente. La période de confinement se prête à l'acharnement policier et judiciaireKarima Direche, historienneà l'AFP

Le pouvoir est toutefois fragilisé non seulement par la contestation, le Hirak, et l'urgence sanitaire, mais aussi par la chute du prix des hydrocarbures, qui menace d'une grave crise économique l'Algérie, hyper dépendante de la rente pétrolière.

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