Algérie : le programme du nouveau Premier ministre entravé par la baisse des recettes pétrolières et gazières

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune en compagnie du nouveau Premier ministre Abelaziz Djerad (G) à Alger, le 28 décembre 2019.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune en compagnie du nouveau Premier ministre Abelaziz Djerad (G) à Alger, le 28 décembre 2019. (- / APS)

L’Algérie enregistre cette année encore un fort déficit de sa balance des paiements et se dirige à grands pas vers l’épuisement de ses réserves de change.

Le nouveau Premier ministre algérien Abdelaziz Djerad a soumis le 13 février 2020 à l'Assemblée populaire nationale (APN) son "plan d'action", axé "sur la sécurité alimentaire, la transition énergétique et l'économie numérique". Mais ce plan d’action esquissé à grands traits est, selon le Premier ministre, d'ores et déjà limité par la chute des recettes d’hydrocarbures, principale ressource du pays. Selon M. Djerad, la baisse des exportations et des prix du pétrole a "aggravé" le déficit du budget alors que la balance commerciale accusait fin 2019, un déficit de 10 milliards de dollars.

Le pays produit actuellement environ un million de barils de pétrole par jour contre plus de 1,4 million en 2005, selon les chiffres officiels. Avec la chute des cours, cela correspond à une baisse de 50% des recettes pétrolière entre 2012 et 2019, alors que les hydrocarbures représentent 92% des exportations de l'Algérie.

Baisse des réserves de change

Tout aussi préoccupant, la dette publique intérieure est passée de 26% du PIB en 2017 à 45% du PIB en 2019, a précisé, devant l’hémicycle, le Premier ministre, nommé le 28 décembre dernier par le président Abdelmadjid Tebboune.

La Banque centrale a annoncé début février que les réserves de change du pays avaient chuté à 62 milliards de dollars fin 2019 contre 79,88 milliards fin 2018 et 97,22 milliards fin 2017. Ces réserves devraient continuer à fondre pour atteindre 51,6 milliards de dollars à la fin 2020, selon les prévisions de la dernière loi de finances, et pourraient à ce rythme, finir par s'épuiser d'ici 2024.

Le nouveau Premier ministre a promis d'assainir "l'héritage catastrophique" et de mettre un terme aux "dérives qui ont caractérisé la gestion des affaires de l'Etat" durant les vingt années au pouvoir du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Des décennies caractérisées par la captation et le détournement de la rente pétrolière.

Djerad a promis de rompre avec "toutes les pratiques révolues dans la gouvernance politique et socio-économique", ayant mené, selon lui, à une "destruction méthodique des entreprises économiques et à la marginalisation de compétences".

Impasse économique et budgétaire

En attendant d'éventuelles "réformes structurelles", qui mettront du temps à produire leurs effets, le projet du budget 2020 prévoit encore un fort déficit. Les recettes fiscales ordinaires prévues, soit 3 000 milliards de dinars (23 milliards d'euros), couvriront à peine la masse salariale de la Fonction publique qui avoisine les 2 900 milliards de dinars chaque année.

Sans parler d'autres déficits accumulés, comme celui de la Caisse nationale des retraites (CNR) qui s’élèverait à 700 milliards de dinars (5,3 milliards d'euros). Une véritable impasse économique et budgétaire qui risque de mener l'Algérie vers des ajustements douloureux, sous les fourches caudines du FMI.

Vous êtes à nouveau en ligne