Algérie : le général Khaled Nezzar fait la guerre au général Gaïd Salah sur YouTube

L\'ancien ministre algérien de la Défense, Khaled Nezzar, lors d\'une conférence de presse le 9 janvier 2016 à Alger.
L'ancien ministre algérien de la Défense, Khaled Nezzar, lors d'une conférence de presse le 9 janvier 2016 à Alger. (RYAD KRAMDI / AFP)

Après ses attaques sur Tweeter contre le chef d’état-major algérien, Gaïd Salah, le général retraité Khaled Nezzar, réfugié en Espagne, appelle sur YouTube les militaires à s’en débarrasser.

Visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice militaire algérienne pour conspiration, l’ancien chef d’état-major et ancien ministre de la Défense à la retraite Khaled Nezzar s’est lancé dans une guerre sur les réseaux sociaux contre l’actuel homme fort du pays.

"Evincer les apprentis sorciers"

Après les violentes critiques du général Gaïd Salah publiées depuis son exil espagnol sur son compte Tweeter, le général Nezzar a diffusé le 9 août 2019 sur YouTube un appel s’adressant directement à l’Armée nationale populaire (ANP).

Dans un discours de 13 minutes lu sur fond d’un décor anonyme faiblement éclairé, l'homme, âgé de 82 ans, a expliqué à "ses chers amis" que, dans la situation de blocage qui perdurait dans le pays, ils étaient les seuls "capables de défaire le nœud gordien qui les enserre".

Arguant de sa longue carrière et sa double expérience militaire et politique, il a brossé le portrait de celui qu’il faudrait à la tête de l’armée pour défendre l’Algérie.

"Ne l’emportera au combat que le général le plus intelligent, le mieux formé et celui dont le moral fléchit le dernier" a-t-il dit, sous-entendu que ce n'était pas le cas actuellement.

Visant sans les nommer ceux qui détiennent actuellement le pouvoir, "il vous faudra par les moyens pacifiques et adéquats évincer les apprentis sorciers qui croient détenir la science infuse et ne sont mus que par leur ambition démesurée, leur mégalomanie, leur prétention et leur irascibilité", a-t-il poursuivi.

Nezzar évite d'égratigner "Hezb Faransa", le Parti de la France

Dans son intervention, Khaled Nezzar s’est posé en défenseur du changement, évitant soigneusement d’égratigner certaines susceptibilités diplomatiques.

"Il est regrettable que lorsqu’on dénomme des anomalies ou des excès, l’on musèle les personnes en les assimilant à des anti-révolutions ou à la solde de l’ennemi (sic), surtout Hezb Faransa, le Parti de la France", a-t-il déploré.

La plateforme YouTube a été rendue inaccessible en Algérie une demi-heure après la diffusion de l’appel à rébellion sur la plateforme, a indiqué le Huffpost version Maghreb, mais l’accès restait possible avec le VPN, a précisé le site.

L'intervention vidéo du général Nezzar semble en tout cas faire écho à celle du chef de l’armée Gaïd Salah âgé de 80 ans, la veille, en marge de sa visite de travail et d’inspection en 1ère Région militaire à Blida.

"L'armée (...) qui a accompagné depuis le début les revendications du peuple algérien, exprimées à travers les marches pacifiques, considère aujourd'hui (...) que les revendications fondamentales ont été entièrement réalisées", a tranché le général Salah, estimant que l’objectif était désormais l’élection présidentielle.

Gaïd Salah exhorte à "ne pas succomber aux tromperies de l'ennemi de la nation"

"Certains groupes (...) s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus, en scandant des slogans tendancieux et lançant des appels douteux", a-t-il ajouté, après l’appel à "la désobéissance civile" lancé pour la première fois le 2 août 2019 lors du 24e vendredi de contestation.

Il a en outre exhorté les médias nationaux à "ne pas succomber aux tromperies des ennemis de la nation, mais de contribuer de manière constructive, efficace et positive dans ce noble processus national décisif".

Il a en profité pour saluer le travail de l'Instance nationale de dialogue et de médiation chargée par le président par intérim Abdelkader Bensalah de mener des consultations sur les modalités de la future présidentielle.

Une semaine auparavant, il avait rejeté "catégoriquement" toutes conditions préalables au dialogue telles que l’allégement du dispositif sécuritaire et la libération des manifestants, qualifiées pour l’occasion de diktat.

Lors d’une conférence de presse, le coordonnateur de cette instance, Karim Younès, a de nouveau réclamé le 8 août la libération des manifestants. Il a dit avoir "bon espoir" qu'ils soient libérés, annonçant notamment celle de Nadir Fetissi, un manifestant arrêté pour avoir brandi le drapeau berbère.

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