"Marre de l’Afrique du Sud et de sa xénophobie"

Une mère et son enfant déplacés par la violence xénophobe dans un camp de fortune se trouvent dans un commissariat de police à Johannesburg, en Afrique du Sud. Photo d’archives, juin 2008.   
Une mère et son enfant déplacés par la violence xénophobe dans un camp de fortune se trouvent dans un commissariat de police à Johannesburg, en Afrique du Sud. Photo d’archives, juin 2008.    (© HCR/James Oatway)

Un groupe de migrants a occupé pendant quatre mois une église du Cap afin d'obtenir une réinstallation dans un autre pays. Peine perdue, ils ont regagné leur camps d'origine.

Fin octobre 2019, un groupe d’environ un millier de migrants, des hommes des femmes et des enfants, s’est installé dans et autour d’une église du centre du Cap. Ils réclament un statut de réfugiés afin de quitter l’Afrique du Sud et être accueillis et réinstallés dans un autre pays. Selon eux, les violences xénophobes qui parcourent régulièrement le pays les mettent en danger.

Les derniers évènements en date avaient fait 12 morts en septembre dernier. A l’époque, selon le HCR, au moins 1 500 ressortissants étrangers, principalement des migrants mais aussi des réfugiés et des demandeurs d’asile, ont été contraints de fuir leur foyer d’accueil.

Les migrants protestataires ont tout d’abord occupé les locaux du Haut Commissariat des Nations unies (HCR) au Cap avant d’en être évacués. Ils ont alors squatté l’église méthodiste de Greenmarket Square, dans le centre économique de la ville. Rapidement, la situation est devenue intenable selon le révérend de l’église Alan Storey. Chaque espace disponible, y compris l’autel, accueillait des matelas. Un enfant y est même né selon le leader des occupants, Jean Pierre Balus.


Les responsables religieux n’ont pas souhaité réclamer l’usage de la force publique pour vider les lieux. La juge avait d’ailleurs demandé une solution amiable. Le bâtiment étant trop petit pour accueillir tout le monde, les réfugiés ont formé un camp informel sur la place à l’extérieur.

Mais la Haute Cour de Justice a finalement statué en faveur d’une demande de la ville du Cap qui s’inquiète des conditions d’hygiène et de sécurité dans l’église et sur la place. Les commerçants du voisinage se plaignent également de l’impact de cette occupation sur les affaires. Les réfugiés doivent quitter les lieux.

Nulle part où aller

Selon les journalistes présents sur place, certains réfugiés ont commencé à partir. Ils sont pris en charge par le ministère de l’Intérieur et regagnent sans doute un des différents foyers d’accueil présents dans le pays. Car la ville a répété qu’elle n’avait aucun lieu pour accueillir ces personnes et que seul le retour dans les communautés d’origine était possible.

L’Afrique du Sud est le premier pays du continent pour l’accueil des réfugiés. Ils sont un peu plus de 120 000. Nombre auquel il convient d’ajouter 180 000 personnes qui ont une demande d’asile en cours d’examen.
Mais c’est aussi le pays d’Afrique où les programmes de réinstallation des réfugiés sont les plus nombreux. Depuis 2008, le HCR a réinstallé 28 000 réfugiés, à destination des Etats-Unis, du Canada ou encore de l’Europe.

Dans l'attente d'une réinstallation

On comprend ainsi l’attrait que représente la Nation Arc-en-ciel pour les migrants venus de toute l’Afrique sub-saharienne. Ils peuvent y obtenir, par le programme de réinstallation, un billet pour des pays ou l’immigration est très restreinte.

D’ailleurs, les squatters de l’église de Greenmarket n’en font pas mystère. Ils ne veulent pas rester plus longtemps en Afrique du Sud ni regagner leur communauté. Victimes selon eux d’une xénophobie permanente dans le pays, ils risquent la mort. "Nous voulons que l’ONU et d’autres organisations aident les réfugiés, nous emmènent dans un endroit sûr", a expliqué à l’AFP Radjab Mugemangango, un chauffeur Uber rwandais de 47 ans. "L’Afrique du Sud n’est pas un lieu de paix, nous ne sommes pas en sécurité."

Mais le HCR l’a répété, il n’y a pas de solution de réinstallation. Les réfugiés seront donc reconduits dans leur lieu de résidence : foyer ou camp.

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