En pleine conquête spatiale, l'Afrique perd une étoile

Mandla Maseko parle à un journaliste devant deux combinaisons de la NASA, à Pretoria, la capitale de l\'Afrique du Sud, le 9 janvier 2014. 
Mandla Maseko parle à un journaliste devant deux combinaisons de la NASA, à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud, le 9 janvier 2014.  (ALEXANDER JOE / AFP)

Mandla Maseko, premier Noir africain de 30 ans à avoir gagné un voyage aller-retour dans l'espace, est mort le 6 juillet 2019 d'un accident de moto. Son projet, symbolique, faisait la fierté du continent.

On le surnommait "L'afronaute". Mandla Maseko, premier Noir africain sélectionné en 2013 pour effectuer un voyage dans l'espace, est mort le 6 juillet dernier dans un accident de moto. Un drame qui, en pleine période de conquête spatiale, met brutalement fin à l'espoir africain de voir un citoyen du continent voyager au-delà de la Planète bleue. Le voyage avait été annoncé en 2013 par la marque Axe. Axe Apollo Space Academy, du nom du concours organisé, était parrainé par l'entreprise anglo-néerlandaise Unilever et l'entreprise de tourisme spatial, Space Expedition Corporation (SEC). 

Plus d'un million de candidats de 75 pays différents s'étaient alors affrontés pour tenter de gagner le saint-Graal, une heure de vol dans l'espace à bord du vaisseau spatial américain Lynx Mark.

L\'astronaute américain Buzz Aldrin annonce l\'envoi de 22 personnes dans l\'espace à l\'occasion du concours Axe Apollo Space Academy, à New York, le 9 janvier 2013. 
L'astronaute américain Buzz Aldrin annonce l'envoi de 22 personnes dans l'espace à l'occasion du concours Axe Apollo Space Academy, à New York, le 9 janvier 2013.  (EUGENE GOLOGURSKY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

La centaine de candidats pré-sélectionnés, parmi lesquels le Sud-Africain Mandla Maseko, avait ensuite été envoyée au camp d'entraînement de la Kennedy Space Academy, en Floride, pour une semaine de compétition éprouvante. Parmi les tests physiques et mentaux effectués, du saut en chute libre, des vols à bord d'avions de combat et des tests de résistance à l'accélération, afin de s'assurer que les futurs lauréats étaient aptes à entreprendre le voyage.

Hommages sur les réseaux sociaux

A l'époque disc-jockey en Afrique du Sud, le jeune homme de 30 ans ainsi sélectionné, avec 21 autres hommes et femmes, avait gagné le droit de voler 103 kilomètres en orbite. Bien qu'il aurait initialement dû partir en 2015, le voyage avait finalement été reporté pour des raisons inconnues. Suite à son accident, de très nombreux messages de soutien se sont multipliés sur les réseaux sociaux en hommage à l'ambition et au parcours hors du commun du "spaceboy"

"Au Sud-Africain Mandla Maseko, repose en paix(...). Il a gagné le voyage en orbite après avoir battu un million de concurrents, qui auraient pu le voir devenir le premier Noir africain dans l'espace (...)." "Chacun de nous est anéanti de t'avoir vu partir, mais nous raconterons ton histoire." "C'est tellement triste, il continuera de nous inspirer", "c'est une fin déchirante, juste avant un accomplissement historique", pouvait-on lire sur Twitter ce lundi 8 juillet au matin.

L'Afrique regarde vers les étoiles

L'impact médiatique que provoque le décès de Mandla Maseko sur la scène internationale est symbolique. Il nous rappelle à la fois le retard du continent africain dans le domaine de la conquête spatiale, tout en mettant sous les projecteurs les efforts récemment effectués par l'Afrique pour se frayer une place dans ce domaine. Et le continent part de loin : sur les 31 satellites africains lancés depuis 1998, seuls 40% l’ont été ces trois dernières années.

En 2016, l'Union Africaine (UA) avait voté l'African Space Policy and Strategy, un texte qui souhaite promouvoir le développement des programmes spatiaux sur le continent. Un an plus tard, le Ghana est devenu le premier pays d'Afrique à concevoir entièrement un satellite sur son territoire. L'Afrique dispose aujourd'hui de sept nations spatiales (Angola, Nigeria, Ghana, Afrique du Sud, Algérie, Maroc, Egypte et bientôt le Kenya), et tente de penser une politique spatiale commune et d'améliorer sa capacité de communication.

L'UA a également entériné, en janvier 2019, la création d'une agence spatiale africaine, dont le siège a été installé en Egypte. Ainsi, alors que tous les regards de l'Afrique sont tournés vers les étoiles, le décès soudain du jeune Sud-Africain laisse à chacun un goût particulièrement amer. 

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