En Afrique du Sud aussi, la question des déchets radioactifs crée des tensions

La centrale nucléaire sud-africaine de Koeberg (province du Cap-Occidental), le 25 juillet 2018.
La centrale nucléaire sud-africaine de Koeberg (province du Cap-Occidental), le 25 juillet 2018. (DR NEIL OVERY/SCIENCE PHOTO LIBR / NOY / AFP)

Les installations de stockage des déchets radioactifs de l'unique centrale nucléaire d'Afrique du Sud, située à Koeberg, seront pleins en 2020, a déclaré la compagnie d'électricité Eskom, précisant qu'elle avait commencé à créer des espaces supplémentaires. Greenpeace dénonce la prolongation de l'activité de la centrale.

Jusqu'à ce jour, l'Afrique du Sud est le seul pays du continent à avoir une énergie nucléaire civile. Les deux réacteurs de la centrale de Koeberg, située à l'extérieur du Cap, sont en service depuis plus de 30 ans. Koeberg produit 1860 mégawatts, soit environ 4% de l'énergie totale du pays. "Les piscines de combustible usagé (seront) pratiquement pleines en 2020 et c'est pourquoi un projet a été lancé pour créer de l'espace supplémentaire," a annoncé la compagnie de production et de distribution sud-africaine Eskom, le 26 novembre 2019.

Un stockage à sec

L'entreprise a ajouté qu'elle commencerait à "transférer une partie du combustible usagé" vers un autre système de stockage connu sous le nom de fûts de stockage à sec. Les fûts "sont sur place" et la compagnie "se prépare" au transfert. Elle relève que cette solution de stockage à sec est largement utilisée dans l'industrie nucléaire à travers le monde. Dans un article de juin 2018, le quotidien de l'écologie Reporterre indique que "l’entreposage à sec, particulièrement adapté pour les combustibles bien refroidis, est décrit comme plus facile à mettre en œuvre" que le stockage en piscine.

"Koeberg est la seule centrale nucléaire d'Afrique et, par conséquent, l'option d'un dépôt centralisé de stockage humide n'est pas financièrement viable, pas plus qu'il n'est techniquement viable d'augmenter la taille et la capacité de stockage des piscines", selon Eskom. Le fonctionnement de la centrale devait initialement s'arrêter en 2024, soit 40 ans après sa mise en service, mais elle est en cours de modernisation et son exploitation est maintenant prévue jusqu'en 2044.

Des choix "au détriment de notre sécurité"

Les défenseurs de l'environnement ont mis en garde contre cette prolongation. "Le gouvernement fait preuve d'un manque de vision incroyable en prolongeant la durée de vie de Koeberg, potentiellement au détriment de notre sécurité ", a déclaré Melita Steele, responsable de la campagne climat et énergie de Greenpeace en Afrique (lien en anglais). "Non seulement les Sud-Africains vont devoir payer plus pour stocker davantage de déchets hautement radioactifs mais il n'existe pas non plus de solution à long terme pour ces déchets, qui peuvent rester radioactifs pendant des centaines de milliers d'années ", a-t-elle ajouté. Pour l'ONG, les autorités sud-africaines jouent tout simplement avec le feu.

Pour le moment, 90% de l'électricité du pays est produite par des centrales au charbon. En 2018, le gouvernement a abandonné des projets controversés de nouvelles centrales nucléaires lancés par l'ancien président, Jacob Zuma.

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