Coronavirus en Afrique : d'après la revue scientifique "The Lancet", l'Egypte, l'Algérie et l'Afrique du Sud sont les plus exposées

Un patient reçu au Sizwe Hospital de Johannesburg (Afrique du Sud), spécialisé dans les maladies tropicales, en août 2019.
Un patient reçu au Sizwe Hospital de Johannesburg (Afrique du Sud), spécialisé dans les maladies tropicales, en août 2019. (MICHELE SPATARI / AFP)

L'épidémie de coronavirus Covid-19 s'étend dans le monde, mais l'Afrique n'a déclaré, à la date du 24 février 2020, qu'un seul cas officiel en Egypte. 

Alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'inquiète de l'impréparation du continent africain face au nouveau coronavirus, dans son édition du 20 février 2020, la revue scientifique britannique The Lancet publie une étude qui révèle que les trois pays africains qui présentent le plus de risques d'importer le Covid-19 sont l'Egypte, l'Algérie et l'Afrique du Sud. Jusqu'à présent, l'Egypte est d'ailleurs le seul pays d'Afrique a avoir enregistré un cas confirmé de contamination. Cependant, selon la même étude, ces trois pays seraient parmi les mieux préparés d'Afrique pour faire face à une urgence sanitaire, notamment grâce à des tests de dépistage.

Une étude inédite fondée sur les données des liaisons aériennes

C'est en étudiant le volume du trafic aérien qui a relié la Chine, son premier partenaire commercial, à l'Afrique sur toute l'année 2019, que les chercheurs ont pu définir les zones qui seraient touchées en premier lieu sur le continent. En particulier les liaisons assurées entre les aéroports des zones les plus touchées en Chine par l'épidémie et leur destination en Afrique. The Lancet précise que l'étude, inédite jusqu'à présent selon les rédacteurs, a pour but d'évaluer "le risque de propagation sur la base de l'incidence locale de Covid-19 en Chine au niveau de la province, des voyages aériens internationaux vers des pays d'Afrique, de la capacité locale de détecter l'épidémie et de la capacité de contenir l'épidémie avec succès".

Ainsi, les auteurs notent que, de leur côté, le Nigeria et l'Éthiopie ont un risque légèrement inférieur d'importer le virus que les trois premiers pays cités, mais seraient plus vulnérables en raison de leur environnement démographique, social et politique. Les deux pays sont très peuplés, ce qui augmenterait l'impact du virus. Le Maroc, le Soudan, l'Angola, la Tanzanie, le Ghana et le Kenya sont également considérés par l'étude avec un risque modéré d'importation, mais seraient vulnérables en cas d'épidémie.

Les liens économiques entre les Chinois et les Africains sont devenus si étroits ces dix dernières années que l'alerte est à son maximum en Afrique, où l'on observe avec une grande inquiétude l'accélération de la contamination au Covid-19 à travers la planète. Dans de nombreux pays africains, cette pneumonie virale ne pourrait être prise en charge à grande échelle à cause de systèmes de santé fragiles ou défaillants. Les appareils d'assistance respiratoire par exemple manquent cruellement dans de nombreux hôpitaux.

Développper la capacité de dépistage du coronavirus en Afrique

Lors d'une réunion des ministres de la Santé des pays de l'Union africaine (UA) à Addis Abeba le 22 février 2020, le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, a appelé les responsables africains à "prendre des mesures drastiques de prévention et de contrôle", car l'Afrique est particulièrement vulnérable "en raison de ses systèmes de santé relativement précaires".

Le défi pour les pays africains est aussi de développer les capacités à procéder à des tests de dépistage. En trois semaines, le nombre de pays africains capables d'effectuer des tests pour détecter le coronavirus est passé de deux à 26, a indiqué la directrice du bureau régional de l'Afrique Matshidiso Rebecca Moeti. John Nkengasong, directeur des Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies, a indiqué à l'AFP que le nombre de pays africains pouvant procéder à ces tests dépasserait bientôt la quarantaine.

Cependant, si les cas de contamination apparaissaient en grand nombre, les pays africains pourraient être confrontés à des pénuries de kits de dépistage et d'équipement de protection comme des masques, a-t-il averti.

La Chine regrette les restrictions sur les voyages et appelle à ne pas paniquer

Le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a, quant à lui, indiqué que 30 000 kits de protection personnelle avaient été expédiés à "plusieurs pays en Afrique" et que 60 000 tests seraient envoyés à 19 pays "dans les prochaines semaines". Il a également indiqué que Samba Sow, directeur général du Centre pour le développement des vaccins au Mali, avait été nommé envoyé spécial chargé de la mobilisation contre le Covid-19 en Afrique. Sa mission consistera à donner des "conseils stratégiques" et à plaider la cause de la lutte contre le coronavirus en Afrique "à un haut niveau".

Côté ciel, plusieurs compagnies aériennes africaines dont Kenya Airways ont suspendu leurs vols à destination de la Chine, mais la première compagnie du continent, Ethiopian Airlines a maintenu les siens. Liu Yuxi, ambassadeur de Chine auprès de l'UA, a appelé les responsables africains à alléger les restrictions sur les voyages. "La panique excessive pourrait en réalité accroître la maladie", a-t-il affirmé, non sans une certaine ironie.

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