Afrique du Sud : l'industrie craint le pire avec la toute nouvelle taxe carbone

Des employés se rendent à pied à la mine de platine Mogalakwena à Mokopane, dans la province de Limpopo en Afrique du Sud, le 20 septembre 2017.
Des employés se rendent à pied à la mine de platine Mogalakwena à Mokopane, dans la province de Limpopo en Afrique du Sud, le 20 septembre 2017. (SIPHIWE SIBEKO / REUTERS)

Les dirigeants des entreprises les plus polluantes du pays voient d'un très mauvais œil l'instauration d'une nouvelle taxe pour lutter contre la pollution atmosphérique.

Le chantage n'a pas tardé. Partout en Afrique du Sud, l'industrie agite le spectre des licenciements et des fermetures d'usines à propos d'une nouvelle taxe carbone, malgré son faible montant, alors que le contexte économique est fragile. 

Dans les mines, un secteur déjà en crise, "6 800 emplois directs et indirects" seront supprimés dans les deux prochaines années à cause du nouvel impôt, prévient la Chambre nationale des mines. A compter de 2023, la situation va encore se détériorer avec "environ 6 000 emplois perdus par an". La puissante organisation patronale Busa (Business Unity South Africa) dénonce, quant à elle, une taxe qui va "décourager les investissements étrangers et nationaux" dans un contexte déjà difficile de "chômage, pauvreté et inégalités".

"La taxe carbone : trop peu pour l'environnement ; trop pour le business", twittait la fédération patronale le 18 juillet 2019, affirmant s'inquiéter pour les "jobs". En Afrique du Sud, au moins 27% de la population active est sans emploi. Un taux qui dépasse 50% chez les jeunes. Pour l'entreprise Transalloys, fabricant d'alliages de fer qui emploie 400 personnes, réduire les émissions de CO2 est tout simplement impossible, affirme son PDG Theo Morkel. "Pour moi, la seule façon de les faire baisser est de fermer mes fourneaux", assure-t-il à l'AFP, très en colère.

Une taxe déjà adoptée un peu partout dans le monde

Il reste qu'en dépit de la forte résistance des gros émetteurs de CO2, l'Afrique du Sud, 14e pollueur au monde selon Greenpeace, est devenu le 1er juin 2019 le premier pays du continent à introduire une taxe carbone, entièrement à la charge des entreprises. Cet impôt, qui existe déjà dans de nombreux pays comme le Canada, la Colombie, la France ou la Suède, non sans remous, vise à réduire les gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète.

Les ONG environnementales, comme le Fonds mondial pour la nature (WWF), ont salué "une première étape significative", très rare dans un pays émergent. Néanmoins, ils ont immédiatement regretté la faiblesse de la taxe. Son montant a été fixé à 120 rands (8 euros) par tonne de CO2 émise. Mais compte tenu d'abattements fiscaux pouvant aller jusqu'à 95%, son montant variera entre 6 et 48 rands (de 0,4 à 3 euros). Très loin des 40 à 80 dollars d'ici à 2020 recommandés pour se conformer aux objectifs de l'accord de Paris.

"La taxe carbone est plutôt faible, mais très importante symboliquement", reconnaît lui-même Ismail Momoniat, directeur général adjoint du Trésor, qui promet déjà sa réévaluation à partir de 2023.

"Splendides opportunités"

Telle quelle, selon les ONG, la taxe carbone ne va probablement pas permettre de réduire significativement les émissions de CO2. "On a l'impression qu'on va perdre trois ans, ce qu'on ne peut pas se permettre" compte tenu de l'urgence à agir, juge même Noëlle Garcin, de l'organisation African Climate Reality Project. "Le fardeau va reposer encore plus sur la prochaine génération... et je ne sais même pas si on peut encore parler de prochaine génération". Face aux inquiétudes de l'industrie, elle appelle à penser autrement, et à voir dans le défi climatique de "splendides opportunités" pour l'économie.

Les syndicats, certes "soucieux" de l'impact de la taxe carbone sur l'emploi mais surtout des "conséquences de la pollution sur les travailleurs les plus pauvres", ne disent pas autre chose.

Beaucoup de soleil et de voitures propres

Le changement climatique offre "une opportunité parfaite" de créer des emplois, assure ainsi Matthew Parks, de la Cosatu, la principale centrale syndicale en Afrique du Sud. Et de citer la construction de voitures propres ou le développement de l'énergie solaire dans un pays qui abrite de nombreuses usines automobiles et bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel.

Problème, selon M. Parks : "les entreprises, qui ne pensent qu'au profit, sont très réticentes au changement" tandis que le gouvernement "ne pense qu'à taxer sans proposer un juste plan de transition". 

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