Afrique du Sud : l'ex-président Zuma accusé d'avoir utilisé les services secrets à des fins personnelles

L\'ancien président sud-africain Jacob Zuma photographié au tribunal de commerce de Johannesbourg le 24 janvier 2019.
L'ancien président sud-africain Jacob Zuma photographié au tribunal de commerce de Johannesbourg le 24 janvier 2019. (SIPHIWE SIBEKO / REUTERS)

Publié le 9 mars 2019 à l'initiative de son successeur Cyril Ramaphosa, un rapport rédigé par une brochette d'experts détaille sur une centaine de pages, une longue série de "sérieuses violations de la Constitution" qui ont abouti à une "politisation du renseignement".

Le long document stipule que l'ancien président sud-africain, régulièrement mis en cause pour corruption, a largement utilisé les services de renseignement du pays pour servir ses intérêts politiques et personnels, notamment contre son successeur Cyril Ramaphosa.

"Espions de l'ère de l'apartheid"

 M. Zuma dément catégoriquement ces accusations. "Je n'ai jamais été interrogé par ce comité (...), je n'ai jamais vendu ou écrit de lettre" aux services de renseignement, a assuré l'ex-chef de l'Etat sur Twitter, qualifiant les auteurs du rapport "d'espions de l'ère de l'apartheid". "J'espère que les gens ne vont pas regretter d'avoir ainsi ouvert la boîte de Pandore", a-t-il ajouté, sibyllin.

Selon le rapport, des membres de l'Agence de sécurité d'Etat sud-africaine (SSA) ont mené, sur ordre de M. Zuma et de son ministre en charge de la Sécurité d'Etat, une campagne visant à empêcher Cyril Ramaphosa de lui succéder à la tête du parti du Congrès national africain (ANC) au pouvoir et de l'Etat.

Une "unité spéciale" aurait ainsi lancé en 2016 "trois opérations visant à empêcher la distribution de propagande électorale (au profit de M. Ramaphosa), à empêcher le transport de groupes dissidents (hostiles à M. Zuma)", selon le rapport qui précise : "Cette unité a pu infiltrer la direction du mouvement hostile au président de l'époque."

Des services secrets "détournés"

Vice-président de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa lui a succédé à la tête de l'ANC en décembre 2017. Deux mois plus tard, il le contraint à la démission de la présidence du pays à cause des scandales de corruption qui ont émaillé son "règne".

Les auteurs du rapport ont également déploré que la SSA soit devenue, pendant la présidence Zuma, la "vache à lait" de nombreux proches du pouvoir. M. Ramaphosa a promis de tourner la page des années Zuma et d'éradiquer la corruption. Dans un communiqué, il a déploré "le détournement de la communauté du renseignement lors de la dernière décennie" et promis de réformer la SSA, évoquant sa "séparation en deux unités, l'une en charge de la sécurité intérieure, l'autre extérieure".

Zuma candidat ?

Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), a, quant à lui, exigé "la suspension immédiate de tous les fonctionnaires impliqués" et "l'ouverture de poursuites judiciaires".

Régulièrement mis en cause, Jacob Zuma n'est pour l'heure jugé que dans une affaire de ventes d'armes datant de la fin des années 1990, dans laquelle il aurait touché des pots-de-vin.

Des élections générales auront lieu le 8 mai en Afrique du Sud. Et même si l'ANC a promis de "renforcer l'intégrité" de ses représentants, une candidature (validée par l'ANC) de l'insubmersible Zuma à ce scrutin n'est pas exclue. Sa grande popularité explique sans doute ce qui ressemble à une contradiction.

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