Afrique du Sud : comment venir à bout de la violence dans les  townships ?

Pneus enflammés lors d\'une manifestation, le 3 avril 2019, dans le township d\'Alexandra au nord de Johannesburg.
Pneus enflammés lors d'une manifestation, le 3 avril 2019, dans le township d'Alexandra au nord de Johannesburg. (SIPHIWE SIBEKO / REUTERS)

Pour lutter contre la criminalité dans les quartiers pauvres sud-africains, diverses idées de solutions sont avancées.

"Ce sont des zones de guerre". Voilà comment le ministre de la Police, Bheki Cele, décrit certains townships, des ghettos noirs sous-équipés rappelant la ségrégation raciale. Avec 57 meurtres par jour en 2018, soit plus de 20 000 par an, selon les statistiques nationales annuelles, l'Afrique du Sud est l'un des pays les plus violents de la planète. Les enquêtes officielles chiffrent à 3 millions le nombre d'armes à feu dûment enregistrées et à au moins 2 millions celles qui échappent à tout contrôle.

Plus grand que la vie

Ainsi, dans le township d'Alexandra, situé au cœur de la mégapole de Johannesburg, les habitants entendent des coups de feu toutes les nuits. La nouveauté, c'est qu'aujourd'hui ils osent en parler. Depuis qu'existe l'émission Plus grand que la vie sur Alex FM, une radio communautaire lancée il y 21 ans.

Chaque samedi, le programme est suivi par environ 150 000 auditeurs, un franc succès. Jennifer Ngobeni, 16 ans, et les autres jeunes animateurs sont persuadés que leurs paroles peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités et, au bout du compte, à faire reculer la criminalité. Cette semaine encore, le couloir qui mène au studio d'Alex FM est encombré des vestes d'uniforme et des cartables d'une vingtaine d'écoliers du quartier venus témoigner dans l'émission.

Pour Mary-Ann Nobele, de GunFree SA, qui parraine l'émission, ce programme permet "à nos préoccupations d'être entendues de tous", explique-t-elle à l'AFP, "et aussi à tous les jeunes de réaliser qu'ils ne sont pas les seuls à subir" ces violences. 

"Les adolescents d'Alex FM combattent le crime avec une émission de radio" s'enthousiasme ce tweet de l'association anti-armes GunFree. Leurs témoignages sont aussi crus que poignants. "Dès qu'on parle des violences avec armes, l'émotion envahit le studio", rapporte Sammy Ramodike, de la Children's Radio Foundation (CRF) qui assiste les jeunes animateurs.

Les militaires dans les townships du Cap

Autre tentative, plus classique, mais tout aussi bienvenue : l'arrivée à Manenberg et Hanover Park, deux quartiers sensibles du Cap, de plusieurs blindés de l'armée. Après une vague de meurtres et de violences attribuée aux gangs criminels, ils étaient très attendus par la population et par ... la police qui manque sérieusement de moyens. Dès leur entrée dans les townships, les soldats casqués et équipés de leurs fusils d'assaut ont commencé à y patrouiller à pied aux côtés des policiers. Selon le ministère de la Police, le nombre de meurtres a progressé de 6,3% en avril 2019 dans la province du Cap-Occidental, dont Le Cap est la capitale, par rapport au même mois de l'année précédente.

Le recours aux moyens des Forces sud-africaines de défense (SANDF) est régulier dans le pays, en particulier pendant les fêtes de fin d'année mais au Cap, le dernier de leurs déploiements date de 2017. "Les soldats de la SANDF sont déployés pour aider la police à rétablir l'ordre et à maintenir la paix dans des communautés qui sont terrorisés par les gangs", a justifié le président Cyril Ramaphosa le 18 juillet devant le Parlement. "Nous devons sauver des vies", a ajouté le chef de l'Etat.

Une annonce approuvée par les habitants qui, chaque jour, s'inquiètent pour leurs enfants. "C'est comme si nous vivions tous en prison et qu'eux étaient libres. Ce n'est pas chez eux ici, c'est chez nous", explique à l'AFP Theresa Jantjies, décrivant l'enfer qu'est sa vie.

Vous êtes à nouveau en ligne