VIDEO. Sécheresse et canicule en France : "Ça devient sacrément préoccupant, des canopées ont entièrement brûlé"

FRANCEINFO

Pour l'hydrologue Emma Haziza, il va notamment "falloir adapter nos manières de construire et nos modes agricoles".

"Des canopées ont entièrement brûlé, des végétations ont souffert d'un stress hydrique extrêmement important, ça devient sacrément préoccupant", a alerté lundi 22 juillet sur franceinfo Emma Haziza, hydrologue et présidente fondatrice du centre de recherche privé Mayane. Elle réagit à la forte sécheresse qui touche la France, alors qu'une deuxième canicule s'installe sur le pays cette semaine.

franceinfo : Sommes-nous dans une situation dramatique ?

Emma Haziza : En tous cas, ça devient sacrément préoccupant, parce qu'effectivement, les températures ont atteint fin juin les 46 degrés en France, alors on a des territoires qui ont carrément eu des canopées entièrement brûlées, des végétations qui ont souffert d'un stress hydrique extrêmement important. Trois semaines après, revivre une nouvelle canicule, nous fait plonger dans un état de sécheresse encore plus important.

Le problème, c'est la combinaison entre la canicule et l'absence de pluie ?

Clairement, la canicule est un paramètre aggravant dans le cadre d'une sécheresse. Une sécheresse se met en place par déficit pluviométrique. Donc effectivement, on a des pluies qui sont absentes depuis un certain temps et surtout d'année en année, on a ce déficit qui se creuse puisqu'on a des nappes souterraines qui sont de plus en plus sollicitées. Donc au fur et à mesure, elles deviennent beaucoup plus vulnérables à chaque nouvelle sécheresse. À chaque fois qu'on descend sur des niveaux de plus en plus bas, finalement la nappe a du mal à se recharger, donc on a des nappes extrêmement fragiles.

Ce manque de pluie, on le ressent déjà depuis des années ?

C'est dire que, depuis 2014, on a vraiment une inflexion dans ce que l'on a pu vivre avant. Par le passé, on a pu traverser le Rhin à pied lors de sécheresses extrêmes. Idem pour la Loire. On a déjà connu des extrêmes climatiques et l'histoire nous le raconte autant en matière d'inondations que de sécheresse. Mais là, c'est chaque année un peu plus avec un nouveau scénario qu'on ne prévoit pas.

Peut-on dire que la France devient un désert ?

En tous cas, effectivement on arrive sur des situations qui sont beaucoup plus corrélées à des milieux arides que ce que l'on avait l'habitude de voir en France. Donc, il va falloir nécessairement adapter nos manières de construire, nos modes agricoles, puisqu'on a des dommages qui vont être vraiment globaux. Il va falloir changer nos modes de fonctionnement et nos manières d'habiter.

La situation devient systémique ?

On ne l'espère pas, mais en tous les cas, quand on voit chaque année ce scénario qui se joue, on se dit qu'à un moment donné, on n'a pas le temps d'avoir de longues séries chronologiques de données pour estimer qu'on est sur une tendance générale et que d'ici 10 ans ou 20 ans, il faudra s'adapter. Je pense qu'il faut s'y mettre tout de suite et on sera prêt pour dans cinq ans ou dix ans. Ça veut dire que déjà, on se pose de vraies questions.

On va faire un énorme retour d'expérience d'ici la fin de l'été pour comprendre quelles sont les zones qui ont été particulièrement touchées. On voit bien qu'il y a une nouvelle canicule qui va atteindre de nouvelles zones. On peut très bien avoir des départs de feux spontanés. On peut avoir d'autres risques qui vont être liés à cette problématique. Et surtout, il va falloir se poser les bonnes questions pour dire "ça, cela fonctionne", "là, on est protégés", ou bien "là les territoires sont vulnérables" et apporter des solutions.

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