Pourquoi la réduction de la vitesse à 50 km/h sur le périphérique à Paris sera difficile à mettre en œuvre

Un embouteillage sur le périphérique parisien. 
Un embouteillage sur le périphérique parisien.  (LUC NOBOUT / MAXPPP)

Un pré-rapport, commandé par la mairie de Paris, préconise de limiter la vitesse à 50 km/h et de réduire le nombre de voies de circulation sur le périphérique. Ces mesures envisagées ont du mal à convaincre les défenseurs des automobilistes alors que les écologistes appellent à aller plus loin. 

Rouler moins vite et sur moins de voies. Un pré-rapport, censé réfléchir à l'avenir du périphérique parisien, préconise d'abaisser la limitation de vitesse à 50 km/h et de mettre en place une voie entièrement consacrée aux transports en commun, au covoiturage et aux voitures propres. Selon Eric Azière, rapporteur de la mission d'information et d'évaluation du Conseil de Paris, il s'agit de "pacifier la circulation et la conduite". Des arguments qui n'arrivent pas à convaincre tous les automobilistes et les Parisiens. 

Des bénéfices difficiles à évaluer

L'un des objectifs est de faire baisser la pollution engendrée par les voitures. Selon Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, limiter la vitesse n'est qu'une "mesure écologiste au sens populiste". D'après lui, "la qualité de l’air en France et à Paris n’a jamais cessé de s’améliorer depuis 1990". Même s'il reconnaît qu'on peut faire mieux, Pierre Chasseray assure que l'industrie automobile a fait de nombreux efforts. "Qui aurait l'idée de comparer un radiateur d'il y a 30 ans avec un radiateur d'aujourd'hui ? Personne, et pourtant pour les véhicules on les compare". 

Les opposants à la réduction de la vitesse sur le périphérique prennent en exemple la fermeture des voies sur berges à Paris depuis 2016. Selon Yves Carra, le porte-parole de l'Automobile club association, le trafic a depuis été reporté. "Il n’y a pas eu moins de pollution mais plus d’embouteillages", avance-t-il. Cette piétonisation aurait bien eu une incidence sur le trafic, selon une étude commandée par la région Ile-de-France et contestée par la mairie de Paris. 

Gaspard Gantzer, candidat aux municipales en 2020, va plus loin. Il plaide pour une suppression du périphérique. Selon lui, abaisser la vitesse est "une demi-mesure". Il souligne que la destruction de cette autoroute éviterait de couper le Grand Paris en deux. "Il faut aller au bout de la logique comme l’ont fait la plupart des capitales mondiales, Paris est la seule capitale à avoir une autoroute à 5 km de son centre", avance l'ancien conseiller de François Hollande. Selon son estimation, il faudrait une quinzaine d'années pour détruire le périph. 

Concernant l'accidentologie, Yves Carra, le porte-parole de l'Automobile club association, reconnaît que "ralentir dans certaines conditions fluidifie le trafic". Mais selon lui, réduire à 50 km/h ne vas "pas changer grand-chose au niveau de la sécurité". Il rappelle notamment que la vitesse maximum est déjà passée de 80 à 70 km/h. 

Des solutions alternatives encore peu nombreuses

Selon le pré-rapport qui ouvre la voie à un changement de vitesse sur le périphérique, les Parisiens semblent peu attachés à cette autoroute. Pourtant, cette grande ceinture reste indispensable pour les déplacements des véhicules qui viennent d'en-dehors de la capitale ou alors pour la logistique comme les livraisons des magasins. 

"Avant de supprimer le périphérique, il faudra offrir des alternatives à tous ceux qui l’utilisent par nécessité", déclare Gaspard Gantzer. Selon lui, la marche, le vélo ou les transports en commun sont des options possibles. Le candidat à la mairie de Paris plaide aussi pour l'auto-partage. "Il y a un million de véhicule qui prennent le périphérique tous les jours, et 90% d’entre eux sont occupés par une seule personne."

Les opposants à la réduction de la vitesse partage le constat : il faudra trouver des solutions alternatives. "Le problème c'est que pour limiter la gêne que cela va occasionner, on n'a pas grand-chose", déplore Yves Carra, le porte-parole de l'Automobile club association. "Si on rajoute 10% d'usagers dans tous les transports en commun en heure de pointe, ça va être compliqué". 

Les opposants dénoncent un manque de concertation 

Comme lors de la piétonisation des voies sur berges, les opposants à la maire de Paris dénoncent un manque de dialogue. "La technique de la concertation selon Anne Hidalgo, elle se limite à réfléchir avec ceux qui pensent comme elle", déclare Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes. Selon lui, cette mesure est un argument de campagne en vue des municipales. 

Le conseiller de Paris écologiste David Belliard veut rassurer. "Rien n'est encore gravé dans le marbre puisqu'il y a une discussion en ce moment entre les élus". S'il reconnaît qu'il y a "une forme de consensus avec l'ensemble des gens qui sont représentés au Conseil de Paris", l'élu insiste sur les discussions qui vont s'installer dans les prochains mois. "Tout cela devrait être discuté avec l'ensemble des communes et des maires et des élus de la métropole du Grand Paris et plus largement devra faire l'objet d'une concertation générale", a-t-il rassuré

 De son côté le rapporteur de la mission d'information insiste aussi sur la concertation à venir. "On va prendre le temps de la concertation, de l'annonce, de la pédagogie, a déclaré Eric Azière. On ne va pas le faire unilatéralement. Le périphérique appartient à tous ceux qui le pratiquent et donc on va le faire dans une gouvernance partagée". Le rapporteur précise d'ailleurs que toutes les villes et les collectivités de la première ceinture seront consultées. Il s'agit, selon lui, d'une pratique nouvelle. 

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