Circulation différenciée : la mesure ne concerne que "quelques dizaines de milliers de voitures" regrette la mairie de Paris

Un brouillard de pollution atmosphérique au-dessus de Paris.
Un brouillard de pollution atmosphérique au-dessus de Paris. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

La circulation différenciée a été mise en place mercredi à Paris pour lutter contre le pic de pollution. Le premier adjoint d'Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, regrette que l'interdiction de circuler ne s'applique qu'aux voitures dotées de vignettes Crit’Air 4 et 5.

La circulation différenciée selon la classification des vignettes Crit'air est mise en place mercredi 27 février en Ile-de-France dans le périmètre de l'A86. Une mesure que réclamait la mairie de Paris depuis plusieurs jours après le pic de pollution aux particules fines qui touche plusieurs villes de France. Le premier adjoint d'Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, regrette sur franceinfo que l'interdiction de circuler ne s'applique qu'aux voitures dotées de vignettes Crit’Air 4 et 5.

franceinfo : Il était temps, enfin, de mettre en place la circulation différenciée ?

Emmanuel Grégoire : Il était temps, parce que cela faisait plusieurs jours que la situation était très préoccupante avec des pics très élevés jeudi et vendredi dernier. Ça a été un peu mieux en début de semaine parce que le week-end a permis de faire baisser le trafic et donc les pics. Mais il est temps de déclencher de façon plus systématique : nous demandons l’automaticité lorsqu’il y a ces expositions à des polluants qui pèsent très sévèrement sur la santé de nos concitoyens. Nous demandons au consensus scientifique et médical, puisque ce n’est évidemment ni aux préfets ni aux élus d’en définir les modalités, de rendre la chose automatique. Le préfet est soumis à des contraintes, il ne décide jamais seul. Ce que nous pensons utile de faire, c’est de le libérer de ce poids de la décision en rendant les mesures automatiques. Cela permettrait de les installer dans nos modes de vie quotidiens, et ça ne reviendrait pas si souvent heureusement parce que la qualité de l’air s’améliore.

Aujourd’hui les voitures dotées de vignettes Crit’Air 4 et 5 sont interdites de circulation. Vous auriez souhaité aller encore plus loin ?

Nous nous avons plaidé pour étendre la mesure aux vignettes Crit’Air 3 parce que le parc roulant des Crit’Air 4 et 5 est très faible. Sur le Crit’Air 4 et 5, on parle de quelques dizaines de milliers de voitures, alors que le parc roulant à l’échelle de l’A86 s’élève à 3 millions. Le risque réel est que ce ne soit pas à l’échelle en matière de résultats. Deux observations : si on voit que les pics restent très élevés, nous reviendrons à la charge pour demander des mesures plus exigeantes. Et deuxièmement, il faut clarifier ces prises de décisions parce qu’on est dans un flou de mise en œuvre qui repose d’abord sur le climat médiatique beaucoup plus que sur le consensus scientifique.

Vous auriez préféré qu’on revienne au système de circulation alternée, en fonction du numéro de la plaque ?

Non, je pense que la circulation différenciée est une bonne piste, ça permet d’avoir des approches plus intelligentes sur les typologies de véhicules. Après il y a de lourds débats sur la pertinence de ces Crit’Air, mais on doit pouvoir les améliorer. Je pense que c’est plus efficace et plus intelligent que le système d’avant.

La circulation différenciée est-elle injuste ? La moitié des véhicules de Seine-Saint-Denis n’ont pas le droit de circuler aujourd’hui, un quart seulement dans les Hauts-de-Seine.

C’est une réalité mais le critère n’est pas de savoir quel est le revenu du propriétaire de la voiture mais quel est le niveau de pollution du véhicule. Il ne faut pas confondre les politiques publiques sinon on mélange tout. Il est nécessaire d’accompagner ces mesures restrictives de mesures favorables aux mobilités. Ça passe par des mesures de subventionnement d’accès aux transports publics, d’aide au changement de véhicule. Il ne faut pas mettre en concurrence les politiques entre elles. Sur les critères sociaux, nous le faisons notamment à Paris mais Ile-de-France mobilité le fait aussi, comme en Seine-Saint-Denis, il faut aider les foyers qui ont des difficultés pour changer de voiture à le faire, et à se déplacer autrement qu’en voiture.

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