Inondations : Paris doit-elle s’inquiéter ?

En mars 2001, la Seine avait inondé les berges de l\'île Saint-Louis, à Paris.
En mars 2001, la Seine avait inondé les berges de l'île Saint-Louis, à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

Avec les crues dans son bassin, les conditions pour que la Seine sorte de son lit semblent réunies. La géographe Magali Reghezza-Zitt explique les risques qu'encourt la capitale.

Les conditions pour que la Seine débordent semblent réunies en ce printemps : des sols saturés d’eau, des lacs réservoirs pleins à ras bord, de fortes précipitations et des crues en amont. Doit-on s'y préparer ? La géographe Magali Reghezza-Zitt, spécialiste de l’aménagement des espaces urbains à risques et auteure de Paris coule-t-il ? répond.

Francetv info : Doit-on s’attendre à voir Paris sous les eaux ?

Magali Reghezza-Zitt : Pas dans les jours à venir. Les voies sur berges devraient être inondées, mais cela s’arrêtera là. Les inondations dans l'Aube arrivent après de violents orages, alors que les nappes souterraines sont pleines. Il s'agit d'un phénomène assez courant. Cela est plus surprenant qu’elles se produisent en mai : d’ordinaire, elles interviennent plus tôt dans l’année. Mais la capitale ne devrait pas être touchée, il ne faut pas s’inquiéter.

En revanche, dans les années qui viennent, une grande inondation va immanquablement se produire. Quand ? C’est impossible à prévoir, mais il y a une chance sur cent, chaque hiver, pour qu’elle arrive. Car un fleuve déborde. Ce phénomène est naturel, même s'il reste rare. On se rappelle de la crue de 1910, mais à Paris, il y a en moyenne deux à trois crues dépassant sept mètres par siècle. Et nous sommes incapables de l’empêcher.

Depuis les année 1960, des mesures pour protéger la capitale ont été prises. Paris est-elle prête en cas de crue ?

La crue de la Seine et de ses affluents Marne, Aube et Yonne est lente : l’eau monte de 50 cm à un mètre par jour. A Paris, on a donc environ trois jours pour s’y préparer. Et c’est extrêmement compliqué.

Les pouvoirs publics font ce qu’ils peuvent pour anticiper, mais cela ne signifie pas qu’ils font ce que la population attend d’eux. Par exemple, en cas de crue, il faut boucher les accès au métro pour éviter que celui-ci ne soit inondé. En cas d'alerte, on s'y prépare, quitte à ce que cela soit pour rien. Il faut savoir que si le métro est inondé, il n’y en aura plus pendant cinq ans. Il suffit de voir ce qui s'est passé à New York après le passage de l'ouragan Sandy, qui n’a duré que trois jours : un quart du réseau de métro est hors service pour plusieurs années. Or, une crue de la Seine peut durer sept semaines ! Donc, pendant la crue, le métro va être fermé, pour le sauver. Et les gens seront mécontents.

Bref, on est prêts dans la mesure du possible, mais les conditions de vie seront compliquées pour les gens : pas d’électricité, pas d’eau courante... Et quand Paris est inondée, la vie économique de tout le pays est touchée.

Les lacs réservoirs en amont de Paris sont pleins. Cela augmente-t-il les risques pour la ville ?

Ces réservoirs régulent le niveau de la Seine, aussi bien pour l’empêcher de déborder que pour la maintenir à niveau en été. Ils se remplissent en hiver, et on relâche les vannes en été, après un arbitrage subtil entre de nombreuses villes. En cas d’inondation, ces réservoirs permettent au mieux d’écrêter la crue de 70 cm, ce qui n’est pas rien. Cependant, la situation actuelle n’augmente pas les risques.

Si dans les prochaines semaines, il pleut de nouveau fortement sur tout le bassin de la Seine, alors il faudra s’inquiéter. Mais c’est hautement improbable, étant donné la saison.