"Tout est foutu, tout est bon à mettre à la poubelle" : le difficile retour à la maison des sinistrés de Trèbes

Matthieu Mondoloni

Des meubles sens dessus dessous, de l'eau et de la boue dans toutes les pièces. Deux jours après les violentes inondations dans l'Aude, les sinistrés découvrent leur logement dévasté. 

Dans l'Aude, deux jours après les inondations meurtrières du 15 octobre, certains sinistrés sont retournés chez eux pour constater les dégâts. Des ravages considérables comme dans la vieille ville de Trèbes où l’eau est montée, parfois, à plus d’1,50 mètre.

Trois mois après son emménagement, la famille a tout perdu

Quand la porte s’ouvre, Julien peine à trouver les mots : "Tout est foutu, tout est bon à mettre à la poubelle". Au sol, un tapis de boue. Sur les murs, la marque de l’eau qui est montée à plus d’1,50 mètre est encore présente. Le frigo est par terre, les meubles sens dessus dessous. Julien, qui s’est installé ici il y a seulement trois mois, craque. "Quand vous venez d'arriver et que vous avez dépensé toutes vos économies pour arriver ici et que vous vous retrouvez avec plus rien", explique le jeune homme avec des sanglots dans la voix.

Tout était dans le salon, il n'y a plus de papiers, plus rien. On n'a pas la preuve de quoi que ce soit et les assurances vont jouer de ça pour lâcher le moins d'argent possible

Julien, sinistré de Trèbes

à franceinfo

La compagne de Julien, Nadège, observe de loin et en silence l’étendue des dégâts. Elle reste dans l’embrasure de la porte, trop difficile de rentrer, trop douloureux d’imaginer un jour revenir. "On a été traumatisés. Les enfants ont peur, on ne veut pas revenir. On quitte le logement, c'est plus possible". Pour aller où ? Quitter Trèbes ou rester dans la commune ? "On ne sait pas encore. Revenir ici, non, ce n'est plus habitable. On verra après ce qu'on retrouve", confie Nadège.

"Une réelle amitié est née et on n'est pas prêts de se lâcher"

Avec l’aide d’un voisin, Julien sauve un vieux lave-linge resté à l’abri à l’étage. Il l’amène dans un immeuble un peu plus haut dans la rue. C’est là qu’ils ont trouvé refuge la nuit de la crue, chez Frédéric et Amandine. "On ne s'était jamais croisés dans la rue, rien du tout et il a fallu cette catastrophe pour que quelque chose naisse. Une réelle amitié est née et on n'est pas prêts de se lâcher, raconte Amandine. Nous, on a cette chance là de pouvoir être chez nous et de les héberger mais eux ils ont vraiment tout perdu et c'est malheureux. Si on pouvait faire plus pour les aider, on le ferait."

Nadège et Amandine se prennent dans les bras. Julien, lui, essaie de détendre l’atmosphère en tendant un jeu de clés à sa compagne. "Je viens de lui rendre les clés de sa voiture, mais il ne lui reste que les clés en fait", lance-t-il avec ironie. "On va garder le sourire, de toute façon, il n'y a que ça à faire. On est en bonne santé, tout le monde va bien. Les enfants vont bien, la vie suit son cours et la Terre continue de tourner". Et tant qu’elle tourne cette Terre, malgré ses caprices climatiques, on ne peut que lui pardonner.

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